Terra Mystica

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 De ces pleurs je fais dans l'ombre un parfum d'ambre et de miel

 
Mar 21 Avr - 14:25
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Il y avait eu la lumière, et puis, plus rien. C’est triste, tu sais.

Phalène battit des paupières. Devant elle, l’azur s’ouvrait comme un gouffre vertigineux, sillonné de quelques nuages effilochés. Un goût de sel sur les lèvres, un goût d’embruns et d’iode. Un goût de larmes ? Plus piquant, plus amer, même mêlé à l’eau de la mer. Elle pouvait le sentir. Mais pourquoi ? Elle sentait ses yeux rouges et gonflés, sa poitrine encore nouée de sanglots, elle se sentait faible, presque mourante, vidée de toutes ses forces.

Ô, toi que j’ai nommé mémoire, rappelle-moi qui je suis.

Le corbeau se profila dans son champ de vision, son œil inquisiteur penché sur elle, puis il se coucha sur sa poitrine, le plumage tout trempé des vagues qui les submergeaient de temps à autre. Des vagues ? Phalène tenta de se redresser, s’écorcha le dos sur les rochers couverts de bernacles et de vieux coquillages tranchants, puis redressa péniblement le chef pour regarder autour d’elle. L’océan s’agitait à perte de vue, face à elle ; des rouleaux frangés d’écume, des creux profonds qui jouaient dans la transparence du soleil pour devenir tour à tour d’un bleu profond puis d’un vert aqueux comme du verre coulé de sable blanc, des reflets et des myriades de variations de teintes, et le grondement perpétuel des courants qui se faufilaient en longs flots de plus en plus tourmentés. Derrière elle, des chapelets de roches noires émergeaient parfois de la surface quand elle se creusait d’une vague, essaimés comme des dents cariées jusqu’à la silhouette obscure et massive d’une île, au loin. Drapée de brumes, de nuées et de fumées, elle faisait comme une tempête immobile, entourée des récifs acérés et des ossements pourris d’un million de navires échoués. Partout, comme des carcasses décharnées, on voyait des poutres, des solives, des coques renversées et éventrées, des quilles à l’air et des mâts rompus où claquaient des fantômes de voiles et où le vent se glissait en hurlant.

Phalène se détourna bien vite de cette vision funeste, alors qu’une idée remontait à sa conscience : il fallait fuir. Quoi ? Elle ne savait pas, et pour tout dire, cela n’importait que bien peu quand elle regardait devant elle pour ne plus voir que le champ agité de la mer et du ciel : fuir, bien, c’était acquis, un fait. Mais vers où ?

La jeune femme s’assit comme le pouvait, à cheval sur l’arête rocheuse qui tranchait les flots et faisait jaillir l’écume tout autour d’elle. Ses pieds trempaient dans les remous et les tourbillons qui se formaient tout autour, ses cheveux s’emmêlaient et se collaient dans les embruns, soulevés en paquets noirs et drus comme des algues dans le courant, où brilleraient quelques joyaux ternis. Elle avait toujours son vieux manteau cent et cent fois teint et reteint de noir, de bleu, de brun, selon ce qu’elle avait trouvé en route. Le reste avait changé, elle ignorait depuis quand, et comment ; de nouveaux signes, récents, encore douloureux, de nouveaux tatouages couraient sur la peau brunie de ses bras, sur ses épaules et son dos. Quelque chose avait changé.

Elle ferma les yeux, la lumière revint comme une évocation fugace, transperçant le rideau de ses paupières abaissées, et sans aucune commune mesure avec l’éclat du beau soleil de la Muerta. C’était infiniment plus doux, plus subtil, plus rassurant ; mais c’était absent. Ce n’était qu’un souvenir.

Un frisson lui glaça les os, un sentiment s’insinua en elle : elle avait perdu quelque chose.

Portant les mains à ses yeux, elle sentit encore les larmes brûlantes, les vestiges des pleurs qu’elle ne se rappelait pas avoir versés. Était-ce à cause de cela ? Mais il fallait fuir, pourtant, pas le temps pour les questions, pas le temps pour les doutes, fuir avant tout. Sa tête était douloureuse et lourde, fût-elle désespérément vide, si lasse, si lasse, et pourtant il fallait tenir encore : elle n’irait guère loin, perchée sur ce rocher coupant, tournant le dos à la terreur diffuse que lui inspirait le cimetière d’épaves qui encerclait l’île. Il manquait quelque chose, il manquait quelque chose d’important, quelque chose qu’elle oubliait...

Où était le Dédain ? Qu’était-il advenu de tous ses compagnons ?

Phalène porta un regard paniqué tout autour d’elle. Rien. Rien que le vent qui s’enroulait de toutes parts en sifflant, rien que le grondement de l’eau sur les pierres et le bois flotté, rien que le grand ciel vide pour lui rappeler qu’elle était seule. Une voile se profila soudain derrière les rochers ; Phalène n’avait jamais connu aux navires ni à tout ce qui va sur la mer, aussi ne put juger de la nature du vaisseau qui voguait au loin comme un grand oiseau blanc posé sur les vagues. Il était loin, mais elle se hissa jusqu’au sommet du roc pour se mettre le plus possible en vue, défit son manteau et le déploya au-dessus de sa tête où il claqua dans les rafales comme un étendard noir et bleu. Munin s'envola, tourna en larges cercles autour d'elle, et lorsque Phalène éleva la voix pour attirer l'attention, son cri rauque se mêla au sien.

Elle ignorait qui étaient ceux qu’elle apercevait au loin, amis, ennemis, qu’importait : elle avait tant de questions, tant de peurs, tant de craintes surgies de nulle part que pour l’heure, l’important était de s’arracher le plus vite possible à ce rivage.

Et puis, une voix murmura au fond de l’obscurité :

Tu as déjà perdu la lumière, qu’y a-t-il de plus précieux que cela ?


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Mer 29 Avr - 18:29
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« Vous voyez quelque chose ?
- Non ma Reine, toujours rien.
- Si jamais cet abruti m’a menti, je le retrouverai et l’étranglerai avec ses tripes…
- Comme il vous sied. Vous savez ce que j’ai entendu ? Il paraît que la capitaine Krist attache les tripes de ses victimes à un mat et les forcent à courir autour de ce dernier jusqu’à ce que les pauvres personnes se vident entièrement toute seule.
- Ce sont des racontars de bonne femme.
- Ah ouais ? Je te rappelle que t’es toi aussi une bonne femme !
- Elle n’est pas si terrible que ça quand même ?
- On ne trompe pas Tatiana Morisotto sans en subir les conséquences !
- Naufragée en vue Capitaine !
- Je vais lui montrer de quel bois je me chauffe, ça fait deux semaines que nous voguons à la recherche de ce bateau merveilleux contenant les trésors de l’Empire. DEUX FOUTUES SEMAINES.
- Euh… Ma Reine ?
- La prochaine fois, j’embraquerai l’informateur, histoire de me venger s’il cherche à me duper.
- Excusez moi de vous interrompre mais je crois que la vigie vient d’apercevoir quelqu’un sur l’île au milieu des épaves.
- Je vais… Hein quoi ? Vite, cap sur l’île ! Plus vite que ça ! On doit aller chercher cette personne ! Qu’est-ce que l’on voit d’ici ?
- Pas grand-chose, mais on pense que c’est une femme.
- Je vais prévenir Tyssania, restez concentrées et scrutez bien les fonds marins, s’il y a des débris partout autour de cette île, c’est peut-être à cause des récifs. »

Tatiana laissa la barre à l’une de ses Amazones et se précipita dans sa cabine pour récupérer ses armes. L’inconnue n’était peut-être pas seule après tout. C’était peut-être un piège tendu par Abran Kaï. Tout comme cette histoire de bateau miraculeux. Elle ne pouvait prendre aucun risque. La Reine des Amazones courut en direction de la cale et chercha Tyssania des yeux. Sa nouvelle recrue devait rester loin de l’eau salée sous peine d’endurer des souffrances intolérables ou même d’entraîner sa mort. Ce n’était pas forcément le plus pratique pour les abordages mais Tatiana ne doutait pas que Tyssania soit une alliée de choix et qu’elle lui serait très utile par la suite. Lorsqu’elle la trouva, elle lui expliqua rapidement :

« Nous changeons de cap, nous avons repéré une femme échouée sur une île un peu plus loin, nous allons lui porter secours donc ne te fais pas de soucis si jamais nous nous arrêtons. Tu pourrais aussi en profiter pour prendre un peu l’air, à l’arrêt, les vagues ne pourront te toucher. En plus, la mer est plutôt calme. »

La Reine des Amazones se détourna aussitôt et remonta sur le pont au pas de course. Elle contourna l’entrée de sa cabine pour atteindre le gouvernail. Son Amazone lui rendit le contrôle du bateau. Deux de ses pirates se tenaient au bord du navire et scrutait l’eau à la recherche du moindre obstacle qui pourrait endommager la coque. Pendant ce temps, la vigie surveillait les alentours tandis qu’une autre Amazone l’avait rejoint pour avoir une meilleure vue d’ensemble sur le chemin à emprunter.

Tatiana manoeuvra son navire avec brio et approcha l’île sans que le moindre accident fut à noter. Lorsqu’elle fut à une distance respectable, elle commanda à ses pirates de fermer les voiles et jeta l’ancre. La Reine enleva sa veste et ses chaussures, laissa son sabre sur le côté et attacha un poignard à sa ceinture. Ainsi, elle pourrait facilement rejoindre la rive. Deux de ses Amazones lui firent signe qu’elles voulaient l’accompagner mais Tatiana les retint d’un geste. Si c’était un piège, elle serait la seule à périr. De plus, elle se sentait capable de résister le temps que ses fidèles pirates la rejoignent. Avant de partir, elle demanda :


« Préparez une barque pour venir nous chercher une fois que je vous ferai signe, ne vous approchez pas trop des rochers, le courant doit être fort. »

La belle capitaine plongea du bord de son navire. Elle toucha l’eau à la verticale et remonta à la surface avec un sourire. La mer était son amie. L’eau fraîche apaisait sa peau légèrement brûlée par le soleil et elle se sentait revigorée par ce contact vivifiant. La Reine prit la direction de l’île où la naufragée les attendait. Sa nage était rapide et elle économisait ses mouvements pour couvrir le maximum de distance possible en un minimum de temps. Elle jouait avec les vagues qui menaçaient de l’emporter pour la tuer contre les barrières rocheuses. La pirate n’avait pas peur, la mer était son amie et Azuria Mira veillait sur elle.

Une fois qu’elle atteignit le bord de l’eau, Tatiana laissa ses orteils effleurer les roches qui parsemaient le sol. L’eau au niveau de la poitrine, elle navigua de pierre en pierre, évitant les plus tranchantes et celles sur lesquelles de traîtres coquillages risquaient de lui entailler les pieds. Lorsqu’elle arriva à la hauteur de l’inconnue, elle fut frappée par l’expression de son visage. Bien sûr, si elle était là, c’était que quelque chose de regrettable venait de lui arriver. La pirate se présenta brièvement.

« Je suis Tatiana Morisotto, Reine des Amazones. Nous vous avons vu appeler à l’aide. Est-ce que tout va bien ? »

Pendant qu’elle parlait, elle jeta un coup d’œil autour de l’inconnue et, après s’être assurée qu’elles étaient seules, fit un grand signe de main en direction de son bateau. La vigie lui répondit de la même manière et Tatiana se retourna vers la présumée naufragée et lui expliqua :

« Mes Amazones vont venir nous chercher en barque mais ne pourront pas trop s’approcher à cause des rochers, vous sentez-vous de rejoindre cette dernière ? »


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Humain

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Lun 25 Mai - 1:20
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Le fond de bois de la cale n’avait plus de secret pour la pirate. Le bruit de la mer à travers le bois non plus, elle devenait peu à peu persuader qu’elle serait capable de déterminer où la coque serait persée à la moindre voie d’eau. Et dans ce cas là, elle ne serait pas plus à l’abri que sur le pont. Elle devait vite trouver un moyen de réduire le risque de prendre des éclaboussures sur le pont du bateau de la Reine des Amazones. Ce serait un moyen de se rendre plus utile et de remercier Tatiana qui l’avait accepté malgré son “handicap”. Arpentant les pièces de bois, Tyssania s’était malgré tout, rendue utile tant qu’elle le pouvait. Raffistolant sous le pont, les cordes séchées ou les voiles déchirées pendant que les autres menaient le bâteau.

Au bout de plusieurs jours de traversée, l’apparition de Tatiant à son attention l’interpella alors que ses paroles sonnaient à ses oreilles comme une délivrance. ••• Nous changeons de cap, nous avons repéré une femme échouée sur une île un peu plus loin, nous allons lui porter secours donc ne te fais pas de soucis si jamais nous nous arrêtons. Tu pourrais aussi en profiter pour prendre un peu l’air, à l’arrêt, les vagues ne pourront te toucher. En plus, la mer est plutôt calme. ••• Elle salua la Reine d’un hochement de tête, tout en sautant de la caisse de bois de laquelle elle était perchée. Se dégourdir les jambes lui ferai définitivement du bien.

Elle attrapa son épée qu’elle pris le temps d’attacher à sa ceinture avant de sortir de la cale, l’air marrin resté emplie de celle mais les embrun ne montait plus assez haut pour venir lui brûler le visage. Les autres femmes du bateau était encore en train de préparer la barque que la Reine avait demandé, tandis que la polymorphe se rendait vers la proue d’où elle pouvait apercevoir l’île à côté de laquelle elle avait fait escale. Le camaëu de bleu sous la coque indiquait que les fonds marrins étaient jonchés à cet endroit de différentes carcasses de navires échoués. Tyssania releva les yeux vers les rochers escarpés où déjà elle pouvait voir la Reine des amazones se hisser. Cette silhouette… à côté d’elle. Le coeur de Tyssania manqua un battement. Cette silhouette, elle était sûre de l’avoir vue.

Ses pieds prirent immédiatement la direction du pont. D’un calme qui n’aurait pas trompé le plus simplet des enfants, le teint livide, elle escamota les quelques marches qui la séparait de la barre. ••• Prête moi la longue vue ! ••• ordonna-t-elle plus qu’elle ne demanda à celle qui la tenait pour garder un oeil sur Tatiana. Ce fut la hâte de la belle blonde qui la décida surement à ne pas plutôt lui apprendre les bonnes manières. L’oeil de la jeune fille se glissa en face de la lentille comme si sa vie en dépendait.••• Phalène... ••• le nom franchit ses lèvres à l’instant où elle réussit à faire la mise au point. Si, son passage chez Nayris était un souvenir cuisant de ces derniers mois, la mort de chacun de ses camarades sur le Dédain l’était bien plus encore. Mais Elle n’était pas morte, cette amie de Sylvia qu’elle n’avait pas cessé de croiser au cours de son entrainement. Elle n’avait jamais eu trop l’occasion d’échanger avec elle, mais le fait de la savoir vivante faisait exploser sa poitrine de soulagement. Elle n’était plus toute seule. Peu importe ce qu’il s’était passé pour elle… elle n’était plus tout à fait seule.

Elee rendit la longue vue à sa propriétaire. ••• Tyssania, tu connais cette … Hay ! Tyssania ! ••• Sans entendre l’appel de sa supérieure, Tyssania sauta à bas des escaliers pour se rendre prêt de l’équipe qui montait à bord de la barque. ••• Hey ! Cette femme, elle était de l’équipage du Dédain! Laissez moi .... ••• Tyssania, Calme toi ! On va la ramener, mais toi tu restes au sec. Ordre de sa majesté et le mien ! ••• Déclara la seconde en la faisant reculer par le bras. Boudeuse , Tyssania se dégagea sans violence de l’étreinte amicale. Prenant son mal en patience, elle prépara des couvertures et de l’eau pour les deux femmes que la barquent auraient bientôt ramenées.



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Dim 7 Juin - 11:20
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Une vague de soulagement submergea Phalène en même temps qu’une vague un peu moins métaphorique qui la trempa jusqu’aux genoux, quand elle vit une chaloupe s’approcher des récifs. Danger, que tout ça, et elle craignait, par quelque instinct peut-être survivant du désastre de sa mémoire, que le navire et l’esquif ne chavirent dans les courants. Finalement, une femme s’approcha, téméraire, louvoyant entre les rochers, avec tant d’aisance que la barde eut un instant de fascination respectueuse, de la même sorte que celle qu’on ressent face à quelques merveilleuses créatures marines. Des pirates ? Non, peut-être pas. Des amazones, sans doute ? Qu’en savait-elle ? Ha ! Elle se souvenait à peine de son propre nom et du Dédain.

Finalement, confirmation lui fut apportée quand la femme arriva à portée de voix et se présenta. Un silence d’abord, Phalène recroquevillée sur son bout de roche, les pieds ensanglantés, ses mains aux doigts absents serrés sur les haillons légers qui la couvraient des pieds à la tête. Et puis elle rit soudain, comme on rit d’un désespoir ou d’un cauchemar, comme on rit lorsque le réel ne semblait pas vrai tant il a basculé dans l’horreur.

— Non, lâcha-t-elle soudain. Non, ma dame, non, nous n’allons guère bien, oh, dieux.

Le rire se mua en sanglot.

— Nous ne savons pas.

Cela résonna comme un aveu, de folie peut-être, de désespoir surtout. Il était clair que la pauvre barde avait tout perdu, excepté ce qu’elle avait sur le dos. Finalement, elle hocha la tête, dégringola avec précautions de son perchoir, et mit les pieds dans l’eau. Un courant la balotta de ci de là, et soudain, plusieurs choses lui apparurent, fulgurantes, et stupéfiantes : la première fut, alors qu’elle pautageait misérablement dans les vagues qui lui arrivaient à la taille, qu’elle savait nager. Oui, oui, quelqu’un lui avait appris, sur le Dédain. Impossible d’en savoir plus cela dit... Mais c’était un fait, elle retrouvait déjà une sensation familière, comme si ses membres et ses muscles se souvenaient de quelque chose que son esprit avait effacé. La seconde fut la plus étrange : pour ne pas perdre l’équilibre, elle fut obligée de saisir la main de Tatina, et rien, ou presque, ne se produisit. Comme si... comme si ses pouvoirs avaient été non pas amoindris, mais apprivoisés. Elle sentait encore la puissance, le flot qui était prêt à la submerger, les images et les sons chuchotants aux extrémités de sa conscience, mais seulement si elle le voulait.

Un rire plein d’éclaboussures lui vint alors qu’elle progressait difficilement vers la barque, où elle finit par rouler comme un paquet de toiles roulées par l’écume. Munin se posa sur son épaule, et ils restèrent silencieux, jusqu’à arriver au navire. Là, comme des lampes dans le noir, elle sentit la présence d’un grand nombre de gens, mais ce n’était pas pénible, ce n’était pas agressif, pas plus que lorsqu’on manipule des flammes sans se brûler. Enfin, le séant de la barde put reposer sur quelque chose de plus confortable que des rochers hérissés de bernacles. Le contact du bois bien ciré et bien nettoyé du pont du navire était rassurant, comme de vieux parfums, de vieilles sensations associées à d’heureux souvenirs, excepté que ces souvenirs n’existaient pas, ou presque. Elle se souvenait à peine d’avoir embarqué sur le Dédain, et les paroles de Joshuah dans le port de Sent'sura, sa propre joie qui irradiait au fond de son cœur quand elle pensait à cette famille un peu disparate qui l’avait accueillie en son sein.

Mais il n’y avait plus rien, là.

Ses pieds et ses mains, coupés, ruisselants de sang et de sel, ses vêtements détrempés et collés par le sable et l’écume lui donnaient un air bien piteux... Et ses yeux bleus étaient encore pleins de larmes, rougis, gonflés, si bien qu’elle ne ressemblait plus à grand-chose au milieu de ses cheveux épars. Quelque chose s’agitait, au fond de sa tête, quelque chose de familier.

Une sensation qu’elle connaissait, comme un miroir qui se reflète lui-même, une infinité de visages, mais toujours le même verre, comme le sable, comme la glaise, qu’on modèle à sa guise, mais qui demeure identique... La substance, oui, la substance ne changeait pas. Il y avait un nom à cela, à celle qui changeait sans changer, toujours même, mais jamais semblable... Des miroirs, plein de miroirs. Des reflets innombrables, partout éparpillés, un million de visages. Phalène ouvrit les yeux sur une femme dont elle ne connaissait pas l’apparence, mais dont l’âme avait un écho familier.

Enfin, on vit un sourire sur le visage de la barbe éperdue, et le nom lui revient.

— Tyssania ? Nous sommes si heureuse de te voir.


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