Terra Mystica

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 Les temps changent !

 
Sam 18 Avr - 3:29
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Drayame, huit ans auparavant.

La température dans la pièce chuta d'un seul coup. Une fine pellicule de glace tapissa la surface du pentacle et s'étendit progressivement aux tapis et aux murs. Un nuage de fumée d'un noir d'encre s'éleva au centre du cercle et s'amplifia jusqu'à atteindre des proportions terrifiantes. Les bougies disposées dans tous les coins furent soufflées d’un seul coup, plongeant la petite pièce dans la pénombre. De très loin - si loin qu'on aurait dit qu'elles provenaient d'un autre monde - un chœur de voix désincarnées se mit à gémir à l'unisson. Soudain, la fumée se condensa, se solidifia, formant une silhouette humanoïde aux proportions grotesques. Après une très courte pause, deux yeux ardents se matérialisèrent au centre du nuage, balayèrent rapidement la pièce, et se fixèrent sur le jeune elfe qui se tenait à l’opposé du pentacle.

- Par le pouvoir du cercle, la contrainte du verbe et les pointes du pentacle, j-je te somme de me répondre ! Es-tu le démon supérieur répondant au nom de Kalkaïn ?

Du côté de la créature, pas la moindre parole ne fut prononcée. Elle croisa lentement les bras et pencha la tête de côté, comme si elle avait en face d'elle un animal curieux dont elle ne savait encore que faire. Nerveusement, l’elfe se passa la langue sur les lèvres et reprit la parole d'une voix tremblante.

- Es tu le Kalkaïn qui fut invoqué jadis pour écraser les armées du grand Xerxès ? Le Kalkaïn qui provoqua la grande épidémie qui ravagea le r...

La créature donna un violent coup de talon sur le sol et le gamin eut un mouvement de recul. La glace sur les murs se fendilla brusquement et la silhouette s'enfla de manière menaçante.

- Mes noms sont nombreux dans de nombreux pays. Aucun n'a la moindre importance en ce lieu. Ici, seul compte la requête que tu souhaites me soumettre, mortel, et la manière dont tu comptes me rémunérer. Parle, et sois rapide ! Je commence déjà à me lasser...


L'elfe déglutit bruyamment, la peur se lisant clairement sur les traits de son visage.

- J-je te somme de me céder les yeux du démon Tubalchaïn ! Les yeux que tu as volé il y'a de cela quatre cents années et qui permettent de voir la vérité là où règne le mensonge !

Un rire sépulcral retentit alors dans la pièce. Le son semblait provenir de partout et de nulle part à la fois. Il n’avait RIEN d’humain.

- Et que proposes tu de me donner en échange de ce trésor, petite et misérable créature ?

Cette fois-ci, ce fut au tour de l’Elfe de sourire. Il rabattit le capuchon qui depuis le début de l’entrevue dissimulait ses yeux et révéla une paire de pupilles dorées.

- Un trésor plus grand encore. Je te donne les miens, ceux qu'Ingwë m’a offert à la naissance. Les pupilles qui permettent de voir dans le cœur des hommes.

Les yeux écarquillés, le Démon resta interdit un moment. Ce ne fut qu’après une très longue pause qu’un sourire se peignit finalement sur son visage repoussant.

- Voilà qui est pour le moins surprenant ! C’est donc toi le nouvel élu, petit gamin ? Très étrange… Et qu’est ce qui motive ce choix, exalté représentant de l’Arbre Monde sur cette Terre ? Si cela n’est pas indiscret, bien sûr…

L’elfe sembla hésiter un instant avant de se décider à répondre.

- Mon pouvoir ne m’a procuré jusqu’à maintenant que malheurs et désillusions. Le cœur des hommes est rempli de mal et de faux-semblants. Si tu savais ce que j’ai pu voir dans le crâne des gens ! L’amour d’une mère pour son fils ? La volonté de vivre par procuration ! Un amour causé par la peur d’une mort certaine ! L’altruisme et les bons samaritains ? Des égoïstes qui souhaitent voir la reconnaissance dans les yeux de ceux à qui ils rendent service ! Car le plaisir que l’on ressent à la perspective de faire plaisir à son ami, quel plaisir est-ce sinon le sien ? Assez ! Assez de tous ces hypocrites ! Je renie tout ce qu’on m’a fourré dans le crâne sans mon consentement ! J’échange une vie de mensonge contre une existence sous le signe de l’honnêteté !

Le sourire du démon était à présent si grand qu’on avait l’impression qu’il courrait d’une oreille à l’autre.

- Ainsi donc, tu as fini par comprendre la réalité de ce monde maudit ! Tes prédécesseurs avaient préféré l’ignorer pour continuer à avancer dans ce qu’ils considéraient être le « droit chemin ». Le démon observa une courte pause. Es-tu plus lucide qu’eux ou bien plus faible et plus aisément corruptible ? Je me le demande bien… Puisses tu ne jamais regretter ton choix !

Tout à coup, le démon sortit de son pentacle et franchit rapidement les quelques mètres qui le séparaient du jeune garçon. Ce dernier émit un petit glapissement et porta la main au poignard accroché à sa ceinture. Kalkaïn lui saisit vivement le poignet et le serra jusqu’à ce qu’il laisse tomber son arme sur le sol. Il approcha son visage à quelques centimètres du sien et le prêtre put sentir l’haleine fétide du démon courir sur son visage.

- Excuse moi, jeune maître, mais cela risque d’être très légèrement douloureux. J’espère de tout cœur que tu ne m’en tiendras pas rigueur. Après tout, je ne fais que respecter ton choix !

Une main griffue se tendit vers l’œil droit du jeune home et commença doucement à caresser les contours du globe oculaire. Alors, le démon enfonça un peu plus profondément ses ongles dans la peau tiède et...


---

L’elfe avait conscience de manière abominablement acérée de la douleur qui ravageait ses globes oculaires, cette souffrance si intense qu'il était persuadé que la mort aurait semblé libératrice en cet instant. Un rire dément résonnait dans la pièce qu’avait quittée Kalkaïn, un hurlement qui ressemblait bien plus à un interminable cri de douleur qu’à un cri de joie. Avec une certaine stupeur, la partie de lui même qui était encore en état de réfléchir s’aperçut que c’était de sa voix qu’il s’agissait, que c’était lui qui riait à s’en déchirer les cordes vocales. Mais bientôt, cette partie là de lui même fut balayée, et la dernière barrière entre lui et sa folie fut effacée du même coup. Deux minces filets de sang roulèrent depuis ses yeux jusqu’à son menton, larmes sanglantes d’un être qui ne serait plus jamais en mesure d'en verser.

Tout à coup, on frappa violemment à la porte, et un chœur de voix paniquées se fit entendre de l’autre côté du battant de bois. Saeros ne répondit pas, bien trop occupé à hurler. Une violente secousse délogea alors la porte de ses gonds. Quatre prêtres se précipitèrent dans la salle, les yeux inquiets et le visage grave. Le spectacle qui s’étalait devant eux sembla les tétaniser sur place. Un pentacle démonique du troisième degré, des bols d’encens renversés aux quatre coins de la salle… et surtout cette flaque de sang qui s’étalait sur le sol, ainsi que le corps secoué de soubresauts de leur jeune disciple, la voix authentique de l’Arbre Monde :


- Saeros…

Au son de cette voix, l’elfe s’arrêta tout net de hurler. Avec une infinie lenteur, il se tourna en direction de ses frères.

- Qu'as-tu donc fait ?

Un sourire sans joie vint fendre le visage ensanglanté du magicien.

- Ce qu'il était juste de faire...

Il dressa alors la main droite en direction des autres prêtres. Une décharge d'énergie bleutée fusa sans prévenir. Un cri de douleur retentit ensuite, ainsi que le bruit d’un corps qui s’effondre. Puis le rire, ce rire à vriller les tympans reprit de plus belle…

---

Lentement, Saeros baissa la main et jeta un regard circulaire autour de lui. Les reste ensanglantés de ses compagnons étaient dispersés aux quatre coins de la salle, victimes de la folie meurtrière qui l'avait momentanément envahi. Étourdi, il se laissa tomber à genoux. Ils étaient tous… morts. Ces êtres qui – à leur manière parfois rude et abrupte, mais toujours bienveillante – s'étaient occupé de lui pendant plus de neuf décennies étaient à présent mortes, et c'était lui, Saeros Yggdrasil, qui les avait massacrés.

Il fixa son regard sur ses mains ensanglantées, comme s'il s'attendait à les voir trembler sous le coup de l'émotion. Ce ne fut pas le cas. Au contraire, elles étaient anormalement fermes. Il les observa sous toutes leurs coutures, comme s'il les voyait pour la première fois. Comment se faisait-il qu'il soit si calme ? Certainement, il aurait du ressentir de la tristesse, de la colère, ou un sentiment proche du désespoir. Lui, l'incarnation d'Ingwë sur cette terre, l'elfe qui avait juré de vivre uniquement pour protéger son peuple, venait de prendre la vie de ceux là même qui l'avaient élevé ! Cependant, il eut beau examiner son cœur de long, en large et en travers, ce dernier restait désespérément vide. Il ne ressentait rien.

- Non, Saeros… ce n'était pas… ta destinée !

Surpris, Saeros se tourna vers la source du bruit. Finwë, l'un des quatre prêtres, avait réussi à se redresser, et s'était adossé à l'un des murs de la pièce. Les mains plaqués sur la plaie béante qui lui déchirait le torse, il semblait très mal en point. Cependant, peut être que si Saeros se dépêchait pour l'aider… Sans réfléchir, le jeune prêtre se dirigea vers lui. Alors qu'il n'était plus qu'à quelques pas de son ancien professeur, il braqua sa paume à moins d'un centimètre de son visage. Aucune trace de pitié, de compassion, ou de tristesse ne pouvaient être lues sur les traits de son visage, et quand il ouvrit la bouche, ce fut comme si la voix d'une autre personne résonnait à travers la pièce.

- Les temps changent !

Froidement, Saeros détourna le regard alors que la tête de son vieux professeur sautait comme un bouchon. Une gerbe de sang s'étala sur le mur contre lequel Finwë était adossé, mais Saeros n'y prêta aucune attention. Chaque seconde qui passait l'éloignait un peu plus de la personne qu'il avait été, et le rapprochait toujours plus de celui qu'il était destiné à devenir.

- Ngggh…

L'énergie démoniaque palpitait en lui comme le battement d'un second cœur. La violence de l'intrusion était quasiment intolérable, mais cependant… le sentiment de puissance qu'elle lui procurait était addictif ! Il pouvait sentir des courants d'énergie crépiter sur sa peau et fourmiller dans ses veines. Autour de lui, tout lui semblait soudain plus réel, plus vrai. Son rire résonna à nouveau dans la pièce, mais ce n'était pas le même rire pathétique, faible, d'un animal blessé. C'était le rire exaltant d'une personne dont les doutes venaient d'être levés à tout jamais.

---


Sen'Tsura, aujourd'hui.

Après ça, il n'y avait plus grand chose à raconter. La dernière chose dont il se souvenait, c'était qu'il avait pris les précieuses reliques d'Ingwë avant de mettre le feu au temple, ne laissant derrière lui que les cendres fumantes d'un avenir brisé. Au cours de son ascension au poste de Conseiller Noir, les artefacts dont il s'était emparé là bas – son héritage légitime – lui avaient été d'une grande utilité, et il s'en était régulièrement servi comme monnaie d'échange. A présent qu'il était enfin parvenu à son objectif, il n'en restait plus beaucoup en sa possession. Plus qu'un seul, en fait : le moins utile. Distraitement, il fit glisser les bijoux jumeaux entre ses doigts, s'émerveillant de leur pureté et de la diversité de leurs nuances colorées.

Si l'on devait en croire la légende, l'Ilumiri qu'il tenait entre ses mains avait un jour appartenu à Ingwë en personne, ainsi qu'à la personne dont il était tombé follement amoureux. En ce temps là, les bijoux étaient de la couleur verte la plus profonde qui se puisse imaginer. Saeros observa attentivement les deux pierres. Il aurait été difficile de déterminer maintenant de quelle couleur elles étaient. A certains moments, Saeros aurait juré qu'elles étaient dorées. A d'autres moments, il était persuadé qu'elles étaient du même noir profond que l'ébène, ou que l'obsidienne.

Lentement, Saeros les remit dans leur écrin. Bien que ces joyaux ait une grande valeur marchande, leur utilité en tant qu'artefacts magiques était complètement inexistante. Si au moins ils avaient permis de communiquer sur de longues distances, le magicien aurait certainement pu leur trouver une utilité, mais chaque fois qu'il avait essayé de contacter l'un de ses subordonné, rien ne s'était produit. La pierre était restée désespérément opaque. D'après les légendes qu'il avait compulsée, les Ilumiri ne fonctionnaient qu'entre deux personnes aux liens très proches, dont la confiance l'une dans l'autre devait être absolue. Saeros faillit éclater de rire. Quelles reliques totalement inutiles ! Qui serait assez fou pour confier sa vie, ses pensées et son âme à quelqu'un d'autre ? Ce genre de réflexions étaient bonnes pour les gens pressés de mourir.

Saeros referma sèchement le couvercle.




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