Terra Mystica

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 La gloire s'accomplit dans le sang.

 
Mer 10 Déc - 22:15
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Depuis longtemps maintenant, Messaline avait choisi sa voie. Les interminables conversations partagées avec son maître Magrant, puis l’élu Libérateur Sombresang l’avaient confortée dans l’intuition qu’elle avait reçue des mois auparavant, lorsqu’elle avait entamé ce périple qui l’avait menée à sa glorieuse résurrection : la parole de la Déesse, trop souvent incomprise et rejetée, se devait d’être apportée à tous. La vérité était là et tous ne pouvaient l’y voir, il était donc nécessaire de venir à eux pour clamer les mots, montrer la voie, acheminer ces âmes vers le salut. Beaucoup de choses demeuraient incertaines, cependant ; trop d’ombres, trop d’interrogations qui étaient restées sans réponse.

Magrant lui avait conseillé, très vite, de partir pour l’Adhès et de faire voile jusqu’à leur sanctuaire. Mais pas question pour Messaline de se présenter devant l’élu Prêcheur sans avoir été confirmée auparavant. Quittant sans regret celui qui l’avait fait renaître, la liche se devait de venir auprès du l’élu Ardanarishvari en ayant achevé son parcours, et en étant digne de le servir et de servir la parole de sa Déesse.

Les préparatifs de la cérémonie ne furent guère longs ; c’est Messaline elle-même qui sélectionna sa victime pour le sacrifice au milieu des geôles de la sombre capitale de l’Adhès, et qui l’amena au sanctuaire. À son arrivée, de grands flambeaux brûlaient déjà, animés par une magie étrange qui les teintait d’une nuance améthyste et pourpre. Les encens se consumaient en vapeurs profondes dans les braseros, tandis qu’une foule de silhouettes silencieuses, noires et violacées, veillaient dans les lumières vacillantes.

Messaline avait choisi de se montrer sans artifices sous le regard de Nayris ; ce jour, pas de masque, pas d’illusion ne cachait l’os nu de son crâne souriant, et c’est un squelette d’ivoire, revêtu d’une humble bure monacale, qui se présenta dans le sanctuaire alors que les chants résonnaient autour d’elle. Entre ses phalanges luisantes brillait un long couteau gravé de sombres runes, où des ronces raffinées entremêlaient leurs épines pour s’enrouler en arabesques sur la lame si aiguë qu’elle semblait découper la lumière qui courait sur son fil acéré.

On lui avait expliqué la marche à suivre. Cela réclamait un certain doigté, de la délicatesse et du de savoir-faire. Il ne fallait pas trancher trop vite, sans quoi le sang jaillirait sous l’effet de la pression et on n’en recueillerait qu’à peine assez pour teindre la chevelure. Tout d’abord, s’y prendre posément, entailler la chair du cou puis la carotide qui opposerait un peu de résistance à la lame et formerait un obstacle aisément contournable si l’on pratiquait une incision entre les anneaux successifs. Doucement, doucement pour ne pas que le fluide gicle et souille tout, il fallait de l’ordre, il fallait la perfection.

Couper, délicatement, sectionner précisément, placer le couteau dans la plaie pour en écarter les bords et faire que les premières gouttes puissent s’échapper sans bruit, avant de loger la dague entre les cartilages, comprimer un peu plus pour rompre la membrane et plonger le fer dans l’épaisse artère de la gorge qui cédait sous sa main. Des flots de se libérèrent, alors qu’elle maniait lentement la lame pour laisser le sang s’écouler et en recueillir suffisamment. Elle s’étonna de l’étrange satisfaction qu’elle éprouva en voyant la peau se fendre docilement sous le tracé de l’arme. Il suffisait d’une pression pour trancher net et faire jaillir un rouge sombre et profond comme des rubis liquides.
Ce fut presque un plaisir, si tant était qu’elle put ressentir ce genre de choses, comme un vide encore, un vide chantant, oui ; elle aimait cela. Elle était fascinée, absorbée par la vision de l’homme mourant, expirant dans un râle alors qu’elle retirait lentement le couteau de sa gorge ouverte.

La tête renversée en arrière, le cadavre avait une magnificence étrange et morbide qui la ravissait alors que résonnaient les hymnes entonnés par les prêtres. Autour d’elle, de funèbres, de funestes mélopées entêtantes accompagnaient le dernier souffle terrible de la victime passant de vie à trépas. Elle aurait aimé pouvoir profaner le corps étendu devant elle. Elle avait bien choisi, un bel éphèbe, boucles blondes et peau de bronze doré tout empli de soleil et de chaleur, encore si vivant et si vif, si jeune aussi.

Elle éprouvait l’envie soudaine de fendre du bout de la lame le modelé des muscles, ouvrir sans effort ses côtes tremblantes, comme on s’amuse d’une poupée de glaise qu’on défigure par désœuvrement. Il y avait comme une fascination pour cette étonnante facilité que l’on possédait à détruire et à tuer, quelle vulnérabilité de la chair, de la viande d’humain sous le couteau tranchant.

Que les peuples étaient sots de croire en la vie, alors que seule la mort faisait une œuvre réellement parfaite et réellement concrète. Les choses vivantes étaient si fragiles... C’était comme fendre l’écorce d’un fruit pour faire éclater au grand jour ses grains rouges et serrés, oui, exactement comme ces grenades dont elle raffolait étant enfant. Le corps était si malléable, d’un coup de dague elle pouvait ouvrir en deux sa gorge et agrandir son sourire et percer ses yeux vitreux et voir tout ce qui se cachait au-dedans comme on éventre un coffre aux trésors.

C’était sublime, et parfait, si simple, un coup de lame dans l’arrondi de l’épaule, si aisé, soulever l’épiderme du bout du couteau, les chasseurs le faisait bien tous les jours non ? L’humain ferait un cuir si velouté, peut-être fragile, sans doute, ou un bon parchemin, plus raffiné que les vélins les plus fins. La peau si douce, si douce... si tendre sous ses doigts inertes et froids. Et puis, détacher le muscle des os, si facile, oui, si parfait, le teint doré et le sang si rouge et si chaud, rouge sépulcral et vibrant, encore vivant et qui s’écoulait déjà pour se colorer d’un violacé intense et magnifique.

La coupure dans la gorge était nette, fine et précise tandis que s’en échappaient des flots pourpres calmement recueillis par la rigole sur la table du sacrifice, tant d’ordre et de pureté dans la mort.

La beauté était éphémère et celle-ci, elle se plaisait non à la détruire, mais à la modifier, à agir sur elle, à avoir tout pouvoir sur elle pour en faire autre chose. Il n’était pas plus laid, à l’état de cadavre et on aurait fait des chansons, des tableaux, de sombres poèmes sur le corps étendu, drapé de la gloire fugace d’une cascade de sang frais, bleuissant déjà et roide enfin, à mesure que le fluide se teintait dans les réceptacles où il s’écoulait en ruisseaux chantants.

Elle aurait voulu poursuivre d’une froideur méthodique et curieuse, trancher ça et là, soulever, observer quelle blancheur pouvaient avoir son squelette débarrassé de son enveloppe, compter les vertèbres et regarder ses poumons reposer dans leur cage, broyer entre ses doigts une phalange ou deux afin de goûter au son de l’os qui se brise comme un fagot de bois sec. et son cœur, aussi ; le voir, l'ôter, le tenir entre ses mains souillées, encore tout relié au reste par ses vaisseaux.

Et puis, la crinière, blonde et dorée comme de l’or tissé dans la soie, bouclée et ruisselante, admirable. Messaline avait entendu dire que certains s’amusaient, par cruauté, à arracher tout ou partie du cuir chevelu de leurs victimes. Elle s’était toujours demandé ce que cela faisait ; pouvait-on le décoller comme on enlève un chapeau ou l’écorce d’une orange ? Et là, offrirait-il le spectacle grotesque d’un visage coiffé d’une coupole d’os à nu ? Mais elle n’avait pas de temps pour cela, il fallait poursuivre et c’est presque à regret qu’elle se contenta de couper la chevelure du mort pour la tremper comme un écheveau précieux dans le sang violet qui gouttait dans le bol.

Très vite, la teinte profonde se répandit, pourpre sur or étincelant, alors qu’autour de Messaline les prêtres et les fidèles entonnaient une autre prière, comme une ode funèbre et grandiose. Leurs voix tissaient le sort qui scellait le rituel, tons entremêlés, entrelacés, pour la plus grande gloire de la déesse et de sa nouvelle servante qui se tenait en oraison, les yeux levés vers le ciel. Au milieu du néant qu’était devenue la liche, éclosait comme un sentiment vague, une émotion incertaine poussée par la froide raison qui guidait ses gestes : ce chemin qu’elle s’apprêtait à emprunter était le bon.
Qu’on lui permette d’œuvrer, alors ; qu’on la laisse aller par tout Terra pour répandre la parole et le culte de Celle qui était l'unique cause, l'ultime but, celle qui était le commencement et la fin de tout. Et peut-être, un jour, Messaline ferait-elle partie de ceux qui auraient la joie de voir Son retour et de contempler Sa face glorieuse quand viendrait l’heure.

Car c’était à Elle, et à Elle seule qu'étaient dédiés sa foi, sa fidélité, ses certitudes, son savoir et son existence. Tout cela, voué au néant, voué à la mort, pour le bien de tous, et pour le salut du monde.


"Ô, Perséphone, il ne te reste qu’un pas.
L’enfer sous tes pieds exhale le parfum des asphodèles.  "



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Liche

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