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 Keep the streets empty for me [Bjergsen]

 
Jeu 30 Oct - 23:48
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Emmitouflée jusqu’aux oreilles dans tout ce qu’elle avait pu trouver pour se tenir chaud, Messaline souffla longuement dans ses mains gelées. La bise marine, chargée d’embruns, fouettait le quai sans relâche et il n’y avait pas le moindre endroit où s’abriter, rien pour se retrancher de la bise et se protéger de ce froid qui transperçait les lainages et les fourrures pour déposer partout son baiser de glace mouillée. La neige se mêlait à l’eau de mer qui jaillissait à grands flots blancs d’écume et balayait la pierre, secouant les coques grinçantes des navires amarrés. Tout s’envolait, dansait, se secouait dans de longs frottements de bois trempé et de cordages vibrants, les voiles repliées claquaient comme des ailes lourdes, et partout flottait la même odeur de poisson, d’iode et de poix. Sinistre endroit. Tout semblait gris, ici, gris et blanc, et noir parfois, comme si toutes les couleurs du monde s’étaient étiolées dans cet hiver qui ne semblait jamais finir, comme si tout se mourait un peu plus dans la tempête.

Une main lourde se posa sur l’épaule de la jeune femme, et elle fit volte-face, chassant ses cheveux emmêlés de son visage. Le visage soucieux du capitaine lui répondit par un haussement de sourcils.

— Quoi ? glapit-elle d’une voix étouffée par les épaisseurs de tissu. Je n’ai pas envie de t’entendre, si ce n’est pour me dire que tu vas enfin respecter ta parole.

— Ce ne sera l’affaire que de quelques jours, ma douce, répondit l’homme en essayant de paraître conciliant. Une affaire urgente à régler. Nous reprendrons la route dès que ce sera possible, tu as ma parole.

Il esquissa tout de même un sourire, car pour un marin de sa sorte, voir un bel oiseau de feu tel que Messaline aux prises avec les frimas du cœur de l’hiver salinéen valait le détour. On ne la distinguait déjà presque plus, enfouie qu’elle était sous les vêtements qu’on lui avait gracieusement prêtés. Son joli visage rougi par le vent du large était renfrogné au possible, mais il commençait à avoir l’habitude de lire cette expression sur ses traits. Difficile de paraître convaincante en étant ainsi frileusement recroquevillée sur soi-même sous de multiples épaisseurs de vêtements disparates, mais lorsqu’on connaissait bien la jeune femme, il n’y avait qu’à voir un peu de son visage pour savoir que l’orage ne s’apaiserait pas de sitôt.

— Allons, reprit-il. Cesse de faire ta mauvaise tête. Nous avons convenu que je te prendrai à mon bord pour le temps nécessaire au voyage vers le nord, je n’ai rien promis de plus.

Un bref silence suivit avant que Messaline se répande en jurons rendus inaudibles. Difficile de trancher sur ce qui la mettait le plus en colère : que ce capitaine la considère comme « sa douce » ou bien qu’il se soit permis de se jouer d’elle de cette façon. Sans doute les deux, mais elle commençait déjà à se faire à l’idée que cette humiliation quotidienne était un lot amer qui allait de pair avec sa liberté et cette vie qu’elle avait choisie. L’ennui était que l’homme était manifestement insensible à son pouvoir, et ce n’était pas faute d’avoir essayé et d’avoir eu toutes les occasions possibles et imaginables d’avoir suffisamment de contacts physiques prolongés pour infléchir sa volonté. Rien à faire, elle n’était simplement pas assez forte pour cela.

— Tu sais bien que je n’ai pas de quoi payer plus que ce qui était convenu, répliqua-t-elle d’un ton cinglant. Je t’ai donné ce que j’avais pour le voyage, et même un peu plus, si tu vois ce que je veux dire.

Dès que Messaline haussa le ton, il sembla s’agacer un peu plus et perdit le peu de bonhomie qu’il tentait de feindre. Sans doute ne s’était-il pas attendu à ce que cette petite jeune fille aux jupons accueillants qu’il avait embarquée un soir dans un port de Terre se montrât aussi peu disposée à accepter ses quatre volontés et à ce qu’elle fasse preuve d’un caractère aussi rétif. On lui avait dit long, sur les femmes de Feu, et il savait à présent que ça n’était pas vraiment des légendes, quel que soit le registre concerné. Elle avait de drôles d’allures de petite princesse, parfois, et en d’autres temps tout de ces filles de taverne pour qui la vertu n’est qu’une expression lointaine ; difficile de la cerner, en somme, et il avait cru pouvoir faire comme bon lui semblait, sauf qu’il s’était lourdement trompé.

On échappe difficilement à la volonté d’un capitaine, à bord de son vaisseau, et pourtant Messaline avait déployé des trésors d’ingéniosité pour lui échapper et lui faire bien comprendre qu’elle saurait se montrer plus entêtée que lui. Pourtant il n’avait aucunement envie de lâcher l’affaire, d’autant que pour une fois, il était sincère : une affaire urgente l’avait poussé à dévier sa route vers Cardrak avant de remonter vers le nord et les îles d’Abyssaï. Il n’aimait pas faire affaire avec les salinéens mais cette fois il pouvait difficilement faire autrement. Il était vrai qu’en apparence, il avait tout de l’homme qui manquait à sa parole puisqu’il avait promis, en échange de quelques... Menus services, de conduire Messaline vers les ports de la côte des Plaines Mystiques pour qu’elle puisse se rapprocher de Sen'tsura rapidement.

— Ne t’en fais pas pour ça. On va bien pouvoir s’arranger, répondit le marin en essayant de garder son calme. On a su tous les deux se montrer conciliants quand le besoin s’en est fait sentir. À ce train-là, je serais bientôt ton débiteur, mais comme on dit, la chair est faible. Ça m’apprendra à avoir une fille de joie à mon bord.

Messaline siffla quelque chose d’indistinct entre ses dents et se détourna avec mauvaise humeur. C’était toujours pareil : on donnait un peu, et puis il en fallait toujours plus. Qu’elle n’ait aucun moyen de jouer de la volonté de cet homme la mettait en rage, parce que cette fois, elle se voyait obligée de louvoyer et de faire des merveilleux de subtilités et de fourberies pour échapper à ses caprices.

— Viens, lança le capitaine qui semblait déjà s’échauffer de colère, tu vas attraper la mort à rester là. Tu ne peux rien faire d’autre qu’attendre, de toute manière ! Arrête un peu de t’entêter comme ça, et c’est à moi de décider du cap de mon navire.

Ce disant, il voulut lui attraper le bras, mais elle se déroba et il dut l’attirer violemment vers lui d’un geste sûr pour qu’elle ne lui échappe pas. L’articulation de son coude se tordit dans le dos de la jeune femme et elle laissa échapper un gémissement de douleur et de colère mêlées, s’immobilisant sous la pression qui forçait beaucoup trop sur ses os.

— J’en ai assez de devoir te courir après. Sois tranquille, d’accord ? Tu vas venir avec moi, tu vas être patiente, et tout ira bien.

C’était sous-estimer le fait que Messaline était franchement à bout de nerfs et qu’elle était, au fond, effrayée de se retrouver dans un pays inconnu et aussi hostile. Elle ne faisait aucune confiance à cet homme, qui ne se priverait pas de profiter qu’elle soit aussi jeune et vulnérable ; mais l’affaire n’était pas encore gagnée pour lui, loin de là, et elle n’était pas du genre à abandonner aussi facilement. La crainte lui donnait des armes nouvelles, et des ressources insoupçonnées...

Ce n’était pas la première fois qu’une altercation de ce genre avait lieu ; le ton montait toujours très vite, et le capitaine n’hésitait jamais à en venir aux mains, ce qui n’effrayait pas Messaline pour qui la souffrance n’était jamais qu’une vilaine habitude dont elle n’arrivait pas à se défaire. Il y avait toujours un stade qu’il ne dépassait pas, elle l’avait bien remarqué, aussi il se fatiguait toujours avant elle, mais ce jour-là, il semblait qu’aucun des deux ne soit disposé à lâcher prise.

Les choses ne se calmèrent pas du tout et l’éclat de leurs voix résonna de toutes parts dans le mugissement du vent glacé, attirant les regards et l’attention de ceux qui passaient par là, jusqu’à ce qu’une gifle bien sentie ne fasse tomber Messaline presque à genoux sur la pierre givrée du quai. Elle tint sa joue à deux mains, le vent glacé s’engouffrant sans son manteau ouvert, suffoquant de rage et de douleur. On aurait pu croire que c’était le choc qui la tint un instant immobile, comme étourdie, mais c’était plutôt la vexation et la colère qui la submergeait soudain.

Elle se redressa péniblement en sifflant entre ses dents des cascades d’injures bien senties quand elle se rendit soudain compte que quelqu’un s’était décidé à intervenir. À vrai dire, cette irruption n’était ni bienvenue, ni désirée, ni même espérée. Messaline avait ce défaut de toujours vouloir régler ses affaires par elle-même et gratifia le nouveau venu d’un regard glacial. Elle n’y prêta pas plus attention et déversa un flot d’injures bien senties en direction du capitaine. Elle avait un don certain pour manier la langue, et faisait preuve d’une subtile alliance de grossièreté bien sentie et de cruauté verbale qui aurait fait pâlir tous les orateurs du monde ; quelque chose dans son attitude, quoique fort peu digne et encore moins convaincante, on pouvait deviner sans peine que quiconque tenterait de s’interposer se retrouverait aussitôt pris sous un feu aussi nourri que celui qu’elle infligeait à son interlocuteur.


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L’enfer sous tes pieds exhale le parfum des asphodèles.  "
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Sam 1 Nov - 21:56
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Pied à terre et haut-les-cœurs. L’épreuve de l’océan à l’aube de l’adolescence n’était que les premiers pas des jeunes garçons de Cardrak dans ce qui allait invariablement être une vie maritime. Bercée par la mer, la capitale de Saline donnait naissance à des guerriers, certes, mais avant tout à des marins et s’il était de bon ton de les craindre sur terre alors ne valait-il mieux ne pas les rencontrer en mer. S’il y avait bien des gens pour le savoir alors sans doute serait-ce les pirates qui n’arpentaient plus les bords des Glaces depuis bien longtemps déjà. Seuls quelques inconscients venaient encore à s’approcher, parfois, par nécessité, pour gagner du temps, mais ils n’y restaient pas assez pour parvenir à conclure leurs projets : la puissance navale de Cardrak leur tombait sur le coin du nez et ils repartaient pour ne plus jamais revenir. Jusqu’aux prochains ; mais Bjørn ne se souciait à l’heure actuelle que de la victoire et de son bateau qui accostait aux ports de Cardrak.

Sortir en mer n’était pas exactement le rôle que lui confiait le plus souvent Harald, mais Bjergsen restait un fils du pays, quoiqu’il arrive, et ce même s’il avait été nommé huscarl quelques années plus tôt. Lorsque l’occasion de présentait, il pouvait à loisir embarquer sur la première frégate – et serait en outre appelé à des batailles navales qui dépassaient à l’heure actuelle son endentement, et de loin – pour aller poutrer ces corsaires sans foi ni loi pour leur apprendre la morale de Saline. Souvent avec pertes et fracas, soit dit en passant. Ce jour-ci en fit partie mais l’aventure ne dura pas longtemps ; une matinée, tout au plus, et c’était d’ailleurs là la limite que son Roi lui accordait. Quelques années, mais Bjørn avait su se rendre indispensable – ou plutôt Harald lui avait appris à l’être, le modelant à loisir pour le rôle de toute une vie quand bien même cela le dépassait encore. Plus aussi immature qu’avant, néanmoins, il ne vivait à ses yeux que pour Harald et s’il s’était assagi il ruminait en lui ce qu’il pensait des plans ambitieux du monarque. Bjergsen ne vivait que pour son Roi, et si ce dernier n’avait pas encore compris tout ce que cela sous-entendait, le concerné l’avait entièrement réalisé quelques années plus tôt, au plus profond de Saline.

Bjergsen débarqua sur le quai, accompagnant le vent glacial des nuages diaphanes qui s’échappaient à chacune de ses expirations ; le port de Cardrak était animé, comme à l’accoutumée, et le bruit y était par conséquent fréquent. Mais il y avait quelque chose, songea Bjørn tandis qu’il remontait vers la cité libre ; des éclats de voix n’étaient pas chose rare, a fortiori s’ils trahissaient une quelconque altercation. Après tout, les salinéens n’étaient pas connus pour leur patience ou leur tempérament calme – néanmoins, rarement les femmes y prenaient part et surtout, surtout jamais le contenu ne se portait sur une sombre histoire de ‘rester calme et venir avec moi’. Intrigué, autant que faire se pouvait, Bjørn se glissa parmi les curieux qui entouraient déjà la scène pour mieux hausser un sourcil en apercevant les trouble-fêtes. Une femme, donc, trahie par sa voix haut-perchée et rendue davantage encore par la colère qui semblait l’animer, et un homme. Visiblement pas du coin ; outre le fait que le huscarl connaissait sa ville et ses habitants sur le bout des doigts, il n’avait pas la carrure typique d’un salinéen, ni l’accoutrement. Le châtain hésita une seconde, partagé entre son devoir – il portait d’ailleurs la cape purpurine typique des hommes de Saline dont la broche arborait fièrement son statut d’huscarl – et le fait que cette dispute d’amoureux ne le regardait tout bonnement pas et s’apprêtait d’ailleurs à tourner les talons lorsque l’homme leva la main sur sa compagne. Et aussi loin que sa pudeur pouvait porter Bjergsen, s’il y avait bien une chose qu’il ne supportait pas, c’était que l’on lève la main sur une femme qui ne versait pas dans les choses martiales.

« - Hé ! apostropha-t-il avec mauvaise humeur, brisant la ligne qu’il formait avec les badauds pour mieux s’approcher du duo ; si le coupable tourna la tête vers lui avec colère une expression plus étonnée, moins vindicative aussi, prit possession de son visage lorsqu’il remarqua qu’il devait lever la tête pour croiser le regard de l’inopportun. Les quais ne sont.. »

Sans avoir crié victoire trop vite, Bjergsen ne s’attendait plus à entendre son vis-à-vis l’interrompre. En fait, il ne le fit pas : la diversion vint de beaucoup plus inattendu, à savoir la demoiselle. Celle-ci s’était relevée et, loin d’être intimidée, reprit sa cascade d’injures envers le capitaine après lui avoir jeté un regard courroucé. Clairement sur le cul, Bjørn ne l’était pas tant par sa bravade que par son physique. Dans l’action, sa capuche s’était renversée et son visage – magnifique – s’était dévoilé. Le cœur du huscarl manqua un battement alors qu’il crut revoir Thaja, une seconde ; mais cette femme-là était beaucoup, beaucoup plus belle, et coi d’admiration autant qu’à court d’arguments, il la laissa faire quelques instants avant de se reprendre, hochant vivement la tête pour remettre ses idées dans l’ordre. Cela eut au moins l’avantage de briser ses réminiscences et de se libérer de cette vision charmeuse.

« - Hé, hé, ! s’interposa-t-il à nouveau, haussant cette fois le ton pour se faire entendre de son audience ; la rouquine tourna vivement la tête vers lui et il se retrouva soudainement noyé sous un flot d’injures qui lui arrachèrent un cillement de surprise mais ne le perturbèrent pas assez pour lui faire perdre le nord. Fermez-la ou je vous fous au cachot ! Bjørn avait l’avantage du timbre, plus puissant, qui portait davantage que celle, certes emportée mais naturellement moins imposante que la jeune femme, aussi couvrit-il sans peine sa voix alors que l’agacement se développait sur son visage expression. »

Un ‘tout va bien, thane ?’ perça les rangs derrière lui mais Bjergsen se contenta d’un vague mouvement de main impatient dans la direction approximative d’où lui venait l’intervention. Sans doute un garde attiré par le bruit, mais l’huscarl avait pris l’initiative de transformer cette anecdote en histoire personnelle – surtout lorsqu’on remettait en cause la vertu de sa maman en cours de route.

« - Vous avez cinq minutes pour me raconter ce que Nayris se passe ici avant que je ne perde patience. l’ordre était sec, grincé entre des dents qui trahissaient que c’était en fait déjà le cas, mais au moins restait-il diplomatique – pour le moment. »




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Dim 2 Nov - 11:49
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Si le capitaine eut la sagesse de la boucler dès que l’imposant salinéen fut dans son champ de vision, Messaline se laissa emporter sur sa lancée jusqu’à ce que l’homme hausse la voix et couvre enfin ses vitupérations. Une fois, deux fois. L’intonation dans l’ordre qu’il donna réveilla quelque chose au fond de son crâne, proche de l’instinct de survie : elle était déjà allée trop loin. La belle se tut net, serra les dents sur une insulte qui lui brûlait encore la langue comme un charbon ardent, ravala un peu de sa colère et plissa les yeux.
Elle eut ce léger pincement de bouche distingué qui lui faisait toujours lever le nez d’un air vaguement méprisant. Une sale habitude qui arrive souvent avec la fréquentation de la haute aristocratie... Et c’est avec toute la fierté et l’élégance d’une noble dame Faestelienne qu’elle répondit sans crainte à celui qui venait de s’interposer.

— Je vous sais gré d’intervenir, seigneur, lança Messaline en redressant le chef avec une allure de petite princesse, et pas seulement parce qu’il faisait plusieurs têtes de plus qu’elle ; mais cette affaire ne concerne que ce capitaine et moi-même.

D’un geste sec, elle ramena sa capuche en avant, autant pour se donner une contenance que pour échapper à la morsure du vent qui lui cisaillait les joues. Elle pouvait rassembler toute la dignité dont elle était capable, toute sa morgue suffisance de semi-noble, cela ne parvenait toutefois pas à dépasser la disgrâce de son accoutrement qui la faisait ressembler à un tas de lainages et de fourrures sommé d’un tourbillon de cheveux roux. Elle était transie de froid, c'était évident, et elle ne pouvait plus ignorer l'air gelé qui lui rongeait les os ; la regarder tempêter de la sorte devait sans doute revenir à se faire incendier par une petite chose furibarde, mais touchante et de loin, cela devait évoquer une souris en train de s’attaquer à un ours.

Un frisson insidieux lui anesthésiait les membres, et il n’avait rien à voir avec la température ambiante : elle savait qu’elle était déjà allée trop loin. Il était trop tard pour repartir en arrière à présent, et même si, à ses yeux ignorants, le manteau rouge et la broche dorée n’étaient que des jolis ornements, elle devinait qu’ils signalaient au moins gradé, sinon un noble. Son orgueil lui interdisait de baisser d’un ton ou de faire montre de soumission, et elle n’avait pas d’autre possibilité que de continuer jusqu’au bout, assumer sa faute et boire le calice jusqu’à la lie. À choisir, peut-être valait-il mieux se plier aux caprices du capitaine plutôt que d’aller moisir dans une geôle salinéenne...

Une prudence de bon aloi lui souffla de ne pas conseiller au nouveau venu de se mêler de ses affaires, car peut-être faisait-il partie de ceux qui considéraient que tout ce qui se passait en public les concernait directement. Et puis, à mesure qu’elle parlait et le regardait un peu plus attentivement, un instinct quelconque s’empressa de le ranger dans la catégorie des personnes à qui il ne fallait pas chercher des crosses, ce qui était d’autant plus fâcheux qu’il était pour l’heure plus encombrant qu’autre chose. Il avait été surpris par sa réaction, elle l’avait bien vu, mais, embrouillée par sa colère elle n’avait pas eu la présence d’esprit d’en profiter pour s’engouffrer dans la brèche.

Pour sa part, le capitaine n’en menait pas large. La situation était susceptible de tourner en sa défaveur d’un instant à l’autre, et il ne savait plus à quel saint se vouer : s’il approuvait Messaline, il aurait une chance de la garder avec lui, mais sans doute que la gifle n’était pas passée inaperçue et le thane ne serait peut-être pas tout à fait enclin à la laisser dans son voisinage après cela. S’il se pliait à ce que dirait le personnage, il risquait tout autant : impossible de prévoir ce qu’il ferait et de quel côté il pencherait. Si elle présentait assez bien les choses, il serait en tort, alors qu’il ne l’était pas ; pas totalement. Et puis, il ne se sentait curieusement pas les tripes de signifier à un salinéen que cela ne le concernait pas. Sans doute que la belle ne savait pas ce qu’elle faisait et que l’aplomb courageux dont elle faisait preuve n’était qu’une forme très élégante d’inconscience, mais il ne partageait pas cela.

— Rien de grave, lança-t-il enfin avec un sourire d’excuse. Un simple différent qui prend des proportions inutiles, vous savez comme sont les femmes...

Il esquissa un rire gêné qui attira aussitôt un regard furieux de la part de Messaline. Si n’était le salinéen interposé entre eux, elle lui aurait sauté à la gorge à cet instant, du moins, c’était l’impression qu’elle donnait.


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Mer 5 Nov - 23:58
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Elle n’était pas d’ici ; Bjergsen ne l’avait pas réalisé immédiatement tant ils s’échinaient l’un l’autre à donner de la voix, mais maintenant qu’elle s’exprimant de manière plus posée, qu’elle retroussait son nez dans une forme de rébellion aristocratique, cela lui paraissait évident. L’accent qui perçait ses mots agacés, les traits de son visage impatient ; ses cheveux, même, qui semblaient plus flamboyants que ceux des nombreuses rousses qu’on croisait en Glaces, influencés par il ne savait quel soleil lointain. Elle avait une saveur d’exotisme, un goût d’ailleurs qu’il ne connaissait pas et qui avait incontestablement son lot de charme. Bjergsen n’était pas assez remonté pour ne pas se rendre compte qu’il lui avait fallu d’un coup d’œil pour être charmé, et si les coups de foudre existaient réellement alors sans doute était-il tombé irrémédiablement passionné pour ce brin de demoiselle fragile. Même sa silhouette, pourtant loin d’être taillée dans le même marbre que les amantes qu’il avait toujours connu, savait s’attirer les grâces du salinéen. Sa frimousse outrée avait quelque chose d’attendrissant, qui donnait bien plus envie de continuer à la pousser à bout plutôt que de chercher à sévir ; quoique le châtain ne doutait pas d’être influencé par le caractère particulier du beau sexe des Glaces, il avait là affaire à une extraction qu’il avait appris à côtoyer depuis assez de temps pour savoir la reconnaître.

Détachant son regard de la muse, Bjergsen laissa couler son attention sur le navire amarré derrière eux. Définitivement un étranger ; un marin d’eau douce, ou tout du moins était-ce ce que racontait son pavillon, à moins qu’il ne s’agissait d’une couverture d’un loup de mer d’Eau. Ces derniers avaient la fâcheuse habitude de se présenter sur leurs Terres sous couvert d’anonymat quand bien même n’avaient-ils rien à se reprocher, comme si la vieille rivalité entre les pirates et les Cardrakien s’élargissaient aux marins aquatiques sans exception. Un bateau de commerce, sans doute ; quoique sans main mise sur la cargaison le doute était possible et ces derniers temps, avec la victoire récente d’Aile Ténébreuse sur Abyssaï, les salinéens étaient d’autant plus méfiants quant à ce qui accostait par chez eux. Mais le travail d’un huscarl, aussi vaste pouvait-il être, ne comportait pas à la sécurité du port et tandis que le capitaine lui assurait de l’innocence de l’échange, Bjergsen reporta son attention sur lui pour mieux l’examiner. Après quelques secondes, un fin sourire arqua l’embrassure de ses lèvres et s’il semblait goguenard, ses paroles suivantes ne laissèrent aucuns doutes à ce sujet.

« - Vous n’avez visiblement pas assez fréquenté celles de Saline. la boutade n’était pas tout à fait innocente, encore teintée de l’emportement qui avait su le vibrer quelques instants plus tôt, mais le châtain n’insista pas. »

Ce disant, il commença à tourner les talons ; Messaline avait raison, quoiqu’elle eut la décence de garder ses pensées pour elle : cela ne le regardait pas, et Bjergsen n’insistait jamais plus que nécessaire si ses vis-à-vis lui assuraient conjointement qu’il n’y en avait pas l’intérêt. Qu’il soit l’élite de la nation, certes ; cela lui assurait en outre une impunité totale quoiqu’il entreprenne, le plaçant au-dessus même du Général du pays, mais le concerné était bien trop humble pour en abuser. Tandis qu’il faisait volte-face, ses yeux s’attardèrent une dernière fois sur la jeune femme et des siens, elle ne semblait vouloir lâcher le capitaine des yeux sans l’avoir au préalable exécuté sur place. Ses mots, ses actions ; qu’importait, elle était de toute évidence emplie d’un sentiment revêche et si Bjergsen s’était décidé à les laisser à leurs affaires, cette vision lui fit changer d’avis sur l’instant. Se retrouvant nez à nez avec le garde portuaire qui s’était inquiété de la situation, le huscarl désigna le navire d’un signe de tête, toute expression d’amusement avait disparu de ses traits fatigués.

« - Fouillez ce bâtiment. ordonna-t-il d’une voix autoritaire dans la langue de Saline, les mots gutturaux roulant sur ses lèvres comme une sentence irrévocable que, pourtant, l’interpellé mit une seconde à assimiler ; une seconde de trop, puisque Bjergsen fronça légèrement les sourcils d’impatience. C’est un ordre. Bougez-vous.
- Till din tjänst, Thane. répondit le garde en esquissant un garde à vous, une seconde avant de héler ses camarades douaniers ; enfin satisfait Bjergsen refit face au duo tandis que s’activait sa machine finement huilée, retournant à l'usage du mysticien connu de ces derniers.
- J’ai bien peur que nous ayons à réquisitionner votre navire le temps d’une inspection de routine ; vous savez, avec tout ce qu’il se passe ces derniers temps.. »

Bjergsen ne prit pas même la décence de paraître faussement navré ; cillant son indifférence il quitta le regard du capitaine pour reporter son attention sur la demoiselle à qui, cette fois, il adressa un petit signe de tête ; un mélange de respect cordial et de sous-entendu appuyé, car s’il ne semblait pas évident qu’il lui avait là offert une chance de se tirer de ce pétrin, ses seules motivations ne résumaient pourtant à ça. Le fait qu’il puisse mettre la main sur un traître aux terres mystiques dans le même temps pouvait être un bonus non-négligeable, mais le salinéen ne comptait pas sur la chance insolente d’avoir flairé l’impérial au hasard d’un caprice.

« - La dame est libre de vaquer à ses occupations si elle le désire. l’invitation était plus explicite et bien qu’il ne soit pas à l’abri de se faire renvoyer sur les roses au moins n’aurait-il pas le doute sur la conscience pour le reste de la journée ; elle avait un visage qui vous hantait pour la moindre nuance et sans doute ses motivations étaient, au fond, incroyablement égoïstes. »




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Jeu 6 Nov - 23:04
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Le capitaine assista avec désarroi à la chute vertigineuse de sa plaisanterie et évita avec soin le regard furibond de Messaline. Pour le moment, les choses paraissaient s’arranger, quoique sa nervosité soudaine face au huscarl puisse peut-être passer, aux yeux méfiants des salinéens, pour suffisamment suspecte et éveiller le soupçon. Il le regarda s’éloigner avec soulagement, ses épaules s’affaissant légèrement, et refit face à sa rétive passagère en essayant de retrouver un semblant de dignité et de reprendre le dessus à présent qu’il n’était plus vraiment question de vociférer en public comme ils venaient de le faire.
Celle-ci avait soudain l’esprit ailleurs, et alors que le salinéen s’était écarté, ses longs yeux sombres ne l’avaient pas quitté, le suivant en glissant sous leurs paupières poudreuses, des éclairs noirs et fugaces sous les cils frémissants. Il semblait, tout compte fait, que ce pays morne et glacé recelât quelques perles, et puisse, en dépit des apparences, présenter quelque intérêt. Ce ne serait pas à ce capitaine de malheur qu’elle ferait commerce de ses charmes ce soir, certes non. Toutefois, il ne fallait pas crier victoire trop tôt, car elle n’avait pas encore réussi à se débarrasser de lui et il n’était pas décidé à lâcher le morceau. En matière d’obstination, elle avait trouvé quelqu’un à sa mesure... Sans doute qu’en les laissant face à face ils y auraient passé la nuit, et cela n’avait peut-être pas échappé au salinéen dont Messaline ne manquerait pas de saluer la présence d’esprit.

Le capitaine esquissa de nouveau un geste dans sa direction, mais se figea en plein vol quand les paroles du huscarl lui parvinrent. Messaline observa avec un grand intérêt son visage se décomposer l’espace d’un instant, ses yeux s’équarquiller légèrement, alors qu’elle pouvait presque visualiser ce frisson incidible qui lui tordait les tripes et les remplissait de plomb. Un rire flûté lui échappa, moqueur, quoique tout à fait inconscient de ce qui se jouait réellement. Mais cela n’avait pas d’importance, car à voir la mine déconfite du marin, ce n’était certainement pas la meilleure nouvelle de la journée.

— On dirait que tout ne va pas se passer comme prévu, lança-t-elle à voix basse.

Elle paraissait plus calme, mais il y avait au fond de ses prunelles comme un mauvais feu qui donnait une incandescence nouvelle à son regard où la colère se consumait en silence. À présente rentrée, cachée, elle se laissait encore entrevoir et épandait dans son esprit un poison qui se repaîtrait sans vergogne du moindre signe de faiblesse de son adversaire.

Il maugréa quelques malédictions, mais affecta cependant une politesse de façade et se reprit très vite, trop vite peut-être au goût de la jeune femme qui l’aurait bien vu se tordre un peu plus et souffrir quelques minutes supplémentaires des affres de la crainte. L’homme en avait presque oublié de respirer, et il semblait suer à grosses gouttes malgré le froid mordant et les embruns qui fouettaient inlassablement les quais. Il se raidit un peu lorsque le huscarl revint vers eux, et Messaline ne put que jubiler plus encore de son attitude quand le soldat lui annonça calmement, courtoisement, qu’il était dans la panade. L’intérêt de la jeune femme n’était pas totalement motivé par un sadisme vengeur, car elle s’étonnait sincèrement que le bonhomme, au demeurant baignant dans des affaires plutôt honnêtes comparées à beaucoup de ses collègues, puisse en réalité avoir maille à partir avec certains des ennemis de Saline. La géopolitique était une chose qui lui était bien étrangère et elle n’aurait su dire ce qui pouvait mettre le capitaine dans cet état ; l’important était qu’il était fait comme un rat, et que de fait, elle se trouvait en paix pour un bon moment.

Le capitaine bredouilla vainement quelque chose, mais que répondre à cela ? Il tâcha de paraître le plus tranquille possible, parce qu’après tout, un honnête marin n’avait rien à craindre d’un contrôle de routine et marmonna que cela ne ferait que retarder encore plus son départ et brouiller ses affaires, juste pour la forme.

Le fait que l’on vienne du même coup d’enlever à Messaline son ticket de retour le plus sûr fut prudemment mis en arrière-plan. Elle aurait tout le temps d’y songer plus tard, et puis elle s’était vite aperçue qu’une œillade bien placée et quelques menus services rendus pouvaient lui ouvrir bien des portes, sans quoi elle n’aurait même pas pu quitter Sahawi. Les salinéens ne pouvaient être guère différents des hommes du continent, elle trouverait bien un stratagème pour arriver à ses fins avec eux, et sans doute que, très prochainement, l’un d’entre eux allait lui servir à se faire la main.

Elle répondit par un léger rictus rempli de malice au sobre signe de tête que lui adressa le soldat, avec un gracieux hochement du chef qui fit dégringoler quelques longues mèches emmêlées depuis les profondeurs de son capuchon. Elle était tendue, animée des derniers feux d’un courroux légitime qui mettrait du temps à s’apaiser et qui éclairait toujours ses yeux d’une curieuse façon pour les rendre plus captivants encore, alors qu’elle dévisageait sans gêne son interlocuteur. Difficile de se fier aux apparences, avec elle, car d’un instant à l’autre, elle paraissait être tout et son contraire : petite princesse aux grandes manières, et puis rien d’autre qu’une fille perdue, mais qui semblait pouvoir friser l’indécence d’un seul regard.

Messaline haussa un sourcil en réponse aux ultimes paroles du soldat, et esquissa un sourire entendu.

— Eh bien, me voilà immobilisée pour je ne sais combien de temps dans une cité qui m’est totalement étrangère, mes occupations vont pour le moment se réduire à trouver un lieu où me réchauffer.

Si les motivations profondes du huscarl, pour l’heure encore cachées, étaient tout à fait éloignées de l’altruisme dont elles auraient pu relever en apparence, celles de la jeune femme n’était pas beaucoup plus élevées. Elle restait sur ses gardes, et on décelait dans son attitude, quoique rendue gauche par le froid et les lourdes pelisses dont elle était couverte, quelque chose qui faisait penser à un chat méfiant. Un subtil mélange de défiance farouche et d’intérêt pour une proie nouvelle, qui s’ajoutaient à une bonne dose d’opportunisme sans états d’âme.


"Ô, Perséphone, il ne te reste qu’un pas.
L’enfer sous tes pieds exhale le parfum des asphodèles.  "
THEME/EPREUVE



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