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 Ô phalène des nuits, je suis devenu ta lumière

 
Sam 12 Juil - 23:16
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L'archipel de la Muerta. Quel nom étrange, pour ce semi d'îles, d'îlot, de terres incertaines, de rocs édentés, de bancs hérissés d'écume, pour ce pays qui ne savait plus très bien s'il appartenait à la terre ou à la mer. Vu d'ici, cela ressemblait presque à un gigantesque biscuit de sable émietté sur la nappe bleue de l'océan. Aggrippée fermement au bastinguage du navire, Phalène avait regardé les voiles se hisser, blanches sur le fond du ciel, et gonfler leurs ventres de toile au vent du large alors que l'îlot où ils avaient abordé s'éloignait peu à peu comme un mauvais rêve. La coque louvoyait entre les vagues qui claquaient sur les flancs en grandes gifles de sel et d'embruns cinglants, et tout le navire grinçait, vivait, s'animait d'une énergie nouvelle en même temps que son équipage affairé. Absorbée par le spectacle qu'offrait le Dédain en mouvement, la barde en avait presque oublié tout ce qui venait de se passer. C'était étrange, incertain et si flou, comme un songe qui laisse encore au matin des images passagères dont le sens nous échappe au matin. Le nez au vent, Phalène tâchait de réfléchir, chose qui lui demandait toujours un certain temps et beaucoup d'efforts pour rassembler le troupeau égaré de son esprit qui persistait à aller se perdre dans des méandres sans fin. Elle avait touché Sylvia, et rien ne s'était passé. Rien? C'était vite dit... Mais elle ne savait comment qualifier ce qu'elle avait ressenti alors; elle avait réussi à rester elle-même, tout en ressentant ces impressions familières, ce chaos soudain qui lui noyait l'entendement comme si un million de voix, un million d'yeux, d'oreilles, de bouches, d'esprits et de doigts fureteurs lui envoyaient leur signaux tout en même temps. Cette fois, tout avait été différent. C'était peut-être d'avoir chanté pour elle, d'avoir cherché son esprit, d'avoir reçu le renfort d'Orgath qui avait porté sa voix et relayé ses mots, c'était peut-être la cave, c'était peut-être l'instant propice, mais cette fois, tout avait été différent. Elle avait réussi à comprendre quelque chose. Elle avait réussi à utiliser ses dons, elle les avait presque maîtrisés l'espace d'un instant et de son fardeau avait fait un outil.

Et elle avait réussi à l'aider.

A cette pensée, un large sourire ravi éclaira le visage de Phalène et elle remit précautionneusement les pieds sur le pont, lâchant lentement sa prise sur le bord de la coque. En bonne montagnarde accoutumée aux sentiers escarpés, aux vertiges et à arpenter des sentiers où seules les chèvres et les bergers pouvaient progresser sans danger, elle avait un certain bon équilibre, lorsque ses pensées et ses sens ne divaguaient pas trop. C'était un don précieux, à bord d'un navire qui n'avait qu'une très vague notion des verticales et des horizontales et où la stabilité n'était plus qu'une vague notion. Munin, perché dans les huniers, veillait comme une ombre silencieuse sur le pont affairé; d'un sifflement vif, la barde le rappela à elle, et il vint sagement se poser sur son épaule.

Une fois mieux assurée sur ses pieds et son champ de vision revenu à la normale, la jeune femme s'en fut dans le ventre obscur du Dédain, hésitant encore un peu, mais titillée par sa curiosité autant que par la volonté de s'assurer que Sylvia allait bien. Sa force de caractère l'étonnait autant qu'elle faisait son admiration. A peine étaient-ils revenus sur le navire qu'elle en avait reprit les rênes, et que sans coup férir les ordres avaient résonné sans détour pour mener le bâtiment à bon port. Mais la fêlure était là, bien présente, elle l'avait sentie affleurer sous les apparences, comme un édifice sur le point de s'écrouler et qui résiste encore, quelques instants de plus. Allant en silence dans l'exiguité sombre de l'entrepont, Phalène n'avait pas besoin de chercher; elle savait. Elle savait qu'elle était là, derrière cette porte close devant laquelle elle se tint un instant avant de frapper quelques coups discrets. C'était sans doute bien présomptueux de sa part de songer que cette femme avait besoin d'elle, mais elle ne pouvait se permettre de telles pensées car elle savait, encore une fois; elle savait la souffrance, la perdition, le traumatisme, et quelle terreur indicible avait blanchi sa chevelure. C'était plus impérieux, plus nécessaire que toutes les hésitations qu'elle aurait pu avoir. Foin de fierté, de convenances, foin de tout le reste, Phalène ne pouvait rester à l'écart et continuer à sentir cette âme en souffrance.

Sans même attendre la réponse, elle entra. Une lanterne solitaire brûlait comme une étoile dans l'obscurité et faisait des reflets d'or et de cuivre brillant dans la blancheur immaculée de sa chevelure, jetait des éclats d'argent limpide dans ses yeux d'acier en y jouant exactement comme le faisait la lumière sur la lame d'une épée. Phalène pouvait comprendre, ô combien, ce par quoi elle était passée, quelle épreuve terrible avait transfiguré ses traits pour leur donner à présent une noblesse altière. Phalène deux fois née était passée par l'hiver pour renaître, et c'était dans l'ombre et la peur que Sylvia avait trouvé sa voix, et la lumière qui irradiait d'elle comme une puissance en sommeil. Sans plus de manière, elle s'approcha pour prendre doucement ses mains entre les siennes alors que ses grands yeux bleus l'observaient d'un regard attentif. Sur son épaule, le corbeau faisait de même et quatre yeux brillants du même éclat fixaient Sylvia lorsque la barde parla enfin.

-De tous les prodiges qui ont eut lieu aujourd'hui, nous croyons bien que celui-là est le plus intrigant, dit-elle sans ambages en serrant un peu plus les mains de la seconde entre ses paumes tatouées.

Une expression fascinée animait le visage enfantin de la barde et faisait de ses yeux d'eau claire comme des gouffres, des puits profonds dévorés de curiosité.


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Sam 12 Juil - 23:58
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Une simple lanière de cuir passée dans mes cheveux pour les tenir m'est insupportable. Le contact du tissu sur ma peau provoque des frissons à la limite du contrôlable, alors que cette robe austère et pratique est une de mes favorites depuis que je l'ai achetée. Elle est longue mais plissée, assez large pour que je porte un pantalon dessous et le buste me taille assez bien pour que je puisse porter une veste par-dessus.

Mais pas aujourd'hui. Il n'y a que la robe et des dessous propres et frais. Et mes cheveux, blancs, si blancs, ma peau hâlée rendue si pâle par la peur, mes yeux qui n'ont plus ce vert qui les caractérisait mais qui sont devenus gris acier, comme par solidarité. Je ne me reconnais plus. Ces marques sur ma peau je ne les ai jamais vues ou senties avant ce jour, pourtant maintenant en passant mes doigts sur mes bras je sens leur dessin, Elles sont partout, de la paume de mes mains jusqu'à mon front, couvrant le haut de ma poitrine.

Avec une grimace je me lève, j'essaye en vain de réprimer le dégoût du contact de quoi que ce soit contre ma peau. C'est comme quand j'étais enfant. Je ne supportais aucun contact pendant mes crises de panique. Aucun... jamais... Jusqu'à aujourd'hui. Phalène.

J'attrape son manteau de laine, qu'elle m'a laissé jusqu'à ce que je vienne ici me rhabiller décemment. Instinctivement je le porte à mon visage et en renifle l'odeur. Une chose que je n'avais plus faite depuis très longtemps, tant Robb m'avait inhibée. Sentir son odeur est comme un tranquillisant. Ce petit bout de barde a réussi à entrer en contact avec moi pendant longtemps, à me calmer, à me rassurer. Elle m'a serrée contre elle, sans que je ne demande quoi que ce soit.

Phalène. Pourquoi ?

Le manteau finit sur le dossier de l'unique chaise de ma cabine, soigneusement déposé là en attendant que sa propriétaire vienne le chercher. Les coudes sur l'appui du hublot, mon regard se perd dans l'horizon. J'ouvre un instant la petite vitre pour sentir l'air marin me fouetter le visage. L'odeur du sel et de la mer me rassure. C'est de là que je viens, d'Eau. Nous sommes en plein dedans et cela me procure un sentiment de sécurité. Joshua a été clair. Se faire discrets jusqu'à son retour avec Cendre. Discrets nous serons.

Quelques coups frappés à la porte. Sans essayer de retenir un soupir d'un autre monde, je me redresse et m'apprête à aller ouvrir. Avant ça je prend le temps de fermer le hublot et de tirer le rideau devant, la pénombre de mon antre n'est plus alors éclairée que par une lanterne posée sur ma table. La porte s'ouvre sans invitation. Phalène. Forcément. Paradoxalement, la discrète Phalène m'a démontré aujourd'hui qu'elle pouvait toucher mon cœur sans demander ma permission. Alors je vois difficilement pourquoi une simple porte l'empêcherait de venir me voir.

Songer à imposer mon autorité et à poser une distance entre elle et moi est quelque chose qui ne me vient même pas à l'esprit. En un autre contexte, en un autre temps, j'aurais peut-être insisté sur le fait d'attendre d'être invité à entrer. Mais... Si elle avait attendu que je l'invite à venir me sortir de la cave, je fixerais encore le mur en attendant que la bougie s'éteigne.

Mais elle est là. Je ne sais quoi dire ni quoi faire. Elle approche, prend mes mains avec la même douceur qu'elle m'a étreint un peu plus tôt. quelque chose en moi s'apaise. Sa présence, je l'associe à la paix intérieure, à un sentiment de sécurité. Elle me tranquillise. Même sa voix a ce pouvoir de m'éloigner de la glaçante réalité.


De tous les prodiges qui ont eut lieu aujourd'hui, nous croyons bien que celui-là est le plus intrigant.

Un maigre sourire, voilà tout ce que je peux lui répondre. Sa présence ouvre une porte en moi. Pas comme la fois où j'ai pris Blood dans mes bras pour la calmer, là, c'était ce qu'il fallait faire pour garder l'équipage soudé à la tête de pont. Mais dans l'intimité de ma cabine, sans personne pour nous voir ou nous entendre, je ne suis obligée à rien. Je crois que c'est ce qui me pousse à faire ce... geste, qui me reste en mémoire depuis.

Lâcher les mains de Phalène, doucement, puis l'attirer contre moi pour lui rendre toute l'affection qu'elle m'a donné en me sortant de l'Enfer Noir. De la Cave. Une étreinte juste assez forte pour qu'elle sente combien je la remercie, mais pas assez marquée pour qu'elle puisse se sentir oppressée. Tout, plutôt que de la faire fuir. Mais tout, plutôt que de lui mentir sur le bien qu'elle m'a fait et combien je lui en suis reconnaissante.


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Dim 13 Juil - 22:50
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Un sourire d'une infinie douceur éclaira le visage de Phalène lorsque, sans un mot, Sylvia la serra dans ses bras. Avec une tendresse maternelle, elle referma ses petits bras sur elle, et profita de la chaleur de cette étreinte paisible alors qu'elle tâchait de se remémorer depuis combien de temps, depuis combien d'années, elle n'avait pu faire ce geste si anodin sans en souffrir d'une manière ou d'une autre. Cela lui rappelait le temps d'avant, avant l'hiver et ses tourments, lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant. Une émotion soudaine lui serrait la gorge et la laissait sans voix alors qu'elle enfouissait son visage dans la neige tiède de ses cheveux pour en respirer l'odeur sourde, pour s'emplir de sa présence, parce qu'elle était la seule qui ne lui fit point de mal. Elle ne comprenait toujours pas, par quel miracle elle parvenait à supporter son contact, alors que depuis de fort nombreuses années, son don avait prit tant de place qu'il l'avait forcée à éviter toute proximité physique sous peine de perdre l'esprit et de s'évanouir. Chacun de ses sens ressentait sa présence avec leur acuité coutumière, mais ce n'était plus la tourmente désordonnée qui la submergeait comme une vague, c'était infiniment plus doux, plus réconfortant, même si la note grêle de la souffrance résonnait encore dans l'esprit de Sylvia et qu'elle perçait le silence comme un son aigre et continu. Jusqu'à l'ivresse, jusqu'à la noyade, Phalène s'ennivrait de cette proximité nouvelle, et redécouvrait ce que c'était que de sentir quelqu'un contre elle, de sentir ces bras l'enclore comme dans un cocon de paix. Qu'importe le reste, à la toute fin, le don, l'obscurité, la magie, la cave, qu'importe le monde et l'univers tout entier. Ce miracle inespéré était pour elle plus important que tout ce qui venait de se passer.

Au bout d'un très long moment, alors que Munin avait fini par battre en retraite, dérangé de son perchoir par la présence de Sylvia, Phalène rompit enfin le contact mais resta toute proche d'elle. Elle reprit ses mains entre les siennes, comme si elle ne pouvait plus se passer de cela, et releva sur Sylvia des yeux embués par une ondée fugace.

-Nous ne comprenons pas, murmura-elle en observant le visage de la jeune femme avec attention, comme s'il pouvait soudain receler la réponse à ses interrogations. Nous ne savons rien de ce qui s'est passé, là-bas. Il y avait ton ombre, Sylvia, je l'ai sentie, elle était dans cette cave, elle allait te dévorer... Nous avons chanté, parce que nous ne savions que faire d'autre, et... L'esprit du dragon nous a aidée, nous l'avons senti, nous avons cherché tes oreilles et ton esprit, espérant atteindre quelque chose. Quelque chose s'est passé. Nous pouvons te toucher!

Disant ces derniers mots, son visage s'éclaira d'un sourire plein de ravissement incrédule, comme une enfant à qui l'on vient d'accord un présent inespéré. Ses doigts écorchés, couverts de cicatrices et de tatouages, glissaient sur ceux de Sylvia, s'y mêlaient, comme pour mieux sentir leur contact, comme si elle ne pouvait s'en passer.

-Cela fait bien longtemps que nous ne pouvons même plus nous permettre cela. Trop de choses, oui; nous ne le supportons plus. Mais c'est différent...

Son regard s'égara un instant, alors qu'elle peinait à trouver les mots pour lui expliquer. Elle y renonça d'un hochement de tête, parce qu'après tout, c'était bien égoïste de sa part que de ne songer qu'à ce miracle qui la touchait, et de ne pas se préoccuper de ce que Sylvia avait pu traverser.

-Nous voulions savoir si tu allais bien, reprit-elle en passant totalement à un autre sujet.

Suivre la conversation de Phalène relevait parfois de l'exercice mental de haute volée tant elle semblait capable de parler de tout en même temps, suivant les divagations de son esprit qui papillonnait comme un insecte ivre. D'un air fasciné, elle suivit du bout du doigts les motifs fabuleux qui couraient à présent sur la peau claire de Sylvia. Entrelacs, arabesques, rien de cela n'aurait pu naître d'un esprit humain, et l'esprit de Phalène s'y perdait dans les contours et les circonvolutions, comme un alphabet au sens encore caché mais dont on pressent la signification cachée derrière les traits et les figures.

-Tu ne sais pas, n'est-ce pas? Ce que tu es, à présent. Car tu es autre, nous le sentons, et pas seulement parce que l'ombre qui te suivait s'en est allée. Nous sentons la lumière, elle brille sur toi, depuis que tu as vaincu les ténèbres. Oui, oui, tu es autre, deux fois-née, comme nous le fûmes autrefois. As-tu besoin de nous? Nous offrons volontiers notre aide, si humble soit-elle. Nous avons connu cela autrefois. Nous somme morte, et née de nouveau à l'orée du jour. Nous savons, nous pouvons aider.

Et dans le regard qu'elle levait sur elle, d'autres mots se faufilaient dans l'azur de son regard: "laisse-moi rester auprès de toi..."


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Humain

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Lun 14 Juil - 0:14
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Ô dieux, merci. Merci de cette étreinte acceptée sans mot dire. Merci de ces instants de magie si précieuse entre nous. Merci. Du fond du cœur, pour le bien-être que son contact me procure. La peur reflue, la paix s'installe. Mon esprit est vide de toute émotion parasite, il n'y a plus rien sinon une brise paisible sur une terre dévastée mais fertile. Rien. Pas de barrières. Pas de faux-semblants, pas de conventions, pas de... pas de. Et de ça non plus.

Juste Elle.

Quand elle rompt le contact, c'est pour mieux le renouer en mêlant nos doigts. Ses mains abîmées par la vie, pleines de cicatrises, de lignes d'encre, de meurtrissures qui ont laissé des marques jusque dans le présent. Mes mains de marin et de guerrière, coupées, caleuses et maintenant marquées de ces entrelacs de runes qui vont jusque sur mes paumes. Le mélange des deux, les caresses muettes, tendres et douces, entre les mains de la barde et celles de la guerrière.

Pas de douces mains de princesses. Pas de corps idéal, de peau laiteuse et de chevelure magique. Juste des mains déjà fatiguées par la vie, des corps de bourlingueuses, une peau hâlée par le grand air et des cheveux meurtris par le temps et les épreuves, à l'image des esprits. Pas de conte de fée. Juste une pause méritée.

Car ce ne peut-être qu'une pause n'est-ce pas ? Elle vient me rassurer, mais elle ne restera pas. Cette nuit la peur reviendra. La peur revient toujours. Les gens ne restent jamais. Jamais...

Jamais ?

Elle me parle. J'essaye de comprendre où elle veut en venir. Elle a sentit mieux que quiconque ce qui m'est arrivé en bas je crois. Je n'ai encore parlé à personne de tout cela. Mais elle sait déjà. Je m'assied sur mon lit et l'invite à prendre place à mes côtés pendant qu'elle parle. En fait d'invite, je me contente de l'attirer en serrant ses mains dans les miennes pour lui faire suivre le mouvement. Je fait sauter mes bottes et croises mes jambes nues sous ma robe, sans la lâcher, sans la quitter des yeux.

Tout plutôt que de risquer de la perdre. Tout plutôt que de la laisser repartir. J'aimerais lui dire combien ce qu'elle dit trouvé écho en moi. Mais les mots, comme ça, dans l'intimité des sentiments exprimés, ne sont pas mon fort. Diriger un équipage, éconduire un homme, prendre la parole en public, saisir mes gars par les tripes pour les lancer à l'assaut... Oui, ça oui. D'accord. Sans hésiter. Mais dire ce que je ressens... Parler de ce que j'ai sur le cœur...

Quand elle s'inquiète de mon état, je lui accorde un maigre sourire. Je vais mieux oui. Et je brûle de lui hurler que c'est juste parce qu'elle est là. Que chaque seconde entre le moment où elle m'a lâché le bras quand nous sommes arrivés sur les quais et ce moment où elle est entrée dans ma cabine, j'étais en proie au doute et à la terreur insidieuse. Mais je n'y arrive pas. Je reste muette d'émotions, débordée par l'envie puérile de profiter du moment présent sans rien faire, de peur de le faire voler en éclat.

Je serre un peu plus ses mains dans les miennes tandis qu'elle reprend la parole.


Tu ne sais pas, n'est-ce pas? Ce que tu es, à présent. Car tu es autre, nous le sentons, et pas seulement parce que l'ombre qui te suivait s'en est allée. Nous sentons la lumière, elle brille sur toi, depuis que tu as vaincu les ténèbres. Oui, oui, tu es autre, deux fois-née, comme nous le fûmes autrefois. As-tu besoin de nous? Nous offrons volontiers notre aide, si humble soit-elle. Nous avons connu cela autrefois. Nous somme morte, et née de nouveau à l'orée du jour. Nous savons, nous pouvons aider.

Elle me propose son aide. Elle me demande si j'ai besoin d'elle. Je suis à la croisée des chemins. Je peux faire l'inébranlable et décliner gentiment, lui disant que ça ira et que j'arriverai à m'en sortir. Ou alors je peux avancer. Vers elle. Après tout, ces barrières qui étaient dans mon esprit, elles y sont encore. Mais comparées à la peur, celle qui m'a dévoré sans pitié dans la cave, les barrières ne sont rien. Si je veux vaincre la peur je dois commencer maintenant à bâtir quelque chose qui montera plus haut, qui sera plus fort. Plus solide.

Je dois commencer ça aujourd'hui.


Phalène, commençais-je d'une voix tremblante, Je...

Bon bah, tant qu'à m'être lancée, autant aller jusqu'au bout...

Je ne sais pas ce que je suis. Je sais tout juste qui je suis. Je ne sais pas où je vais. Mais...

Une seconde d'hésitation, un regard droit dans ses yeux bleus qui semblent vouloir exprimer quelque chose que je suis bien incapable d'interpréter clairement... Je détourne le regard pour tenter de reprendre mes moyens, de me concentrer...

Je crois que... oui... ton aide... m'aiderait ? Hrm... Enfin... euh...

Trouver les mots, trouver les mots, trouver les mots...

...

Putain. Plus de voix. Plus de mots. Juste un air timide de gamine qui déclare sa flamme à son premier amoureux et je suis infoutue de la regarder dans les yeux. JE dois être rouge comme une pivoine. J'ai besoin d'elle, c'est la certitude qui emplit tout mon esprit maintenant. Si elle pouvait lire mes pensées elle verrait que je veux qu'elle reste auprès de moi. Mais les gens ne lisent pas les pensées des autres. Alors comment lui dire ? Comment ?!


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Humain

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Dim 20 Juil - 20:38
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Phalène ne put s'empêcher de rire, tout doucement et sans moquerie aucune, devant la maladresse de Sylvia. Elle était restée dans l'ombre si longtemps, à en oublier ce que c'était que d'avoir des sentiments et plus encore de les exprimer... Mais cela viendrait, cela viendrait sans doute et c'était comme regarder la pousse fragile d'un grand arbre qui s'agite et se plie dans les premiers vents de son existence. Et comme l'on prenait soin d'une jeune plante à son aurore, Phalène entourait ce qu'elle sentait poindre en elle d'une attention toute maternelle. Elle qui aimait tout ce qui vit aimait plus encore ce qui demeurait là dans les décombres d'un être réduit à néant.

-Nous sommes heureuse que tu acceptes notre aide, dit-elle en retour avec un sourire radieux.

S'asseyant près d'elle, la jeune femme continua de mêler ses petits doigts rêches aux paumes usées de la seconde, alors que quelque chose au fond d'elle ne cessait de se ravir de pouvoir enfin sentir le contact de quelqu'un. Elle ne cessait de sourire, avec une infinie douceur.

-Nous serons là, reprit-elle en opinant du chef dans le bruissement des ornements de ses cheveux. Nous t'aiderons. Nous te guiderons, où que tu doive aller.

Elle baissa les paupières un instant, et sourit de nouveau.

-Oublie l'ombre, Sylvia, jamais ta route ne t'y mènera plus.

Il y avait un si grand calme, là. Ce n'était plus la désolation, ça n'était plus le vide stérile qui suit la destruction ; non. C'était autre chose, et cette chose lui plaisait. C'était comme se promener dans les champs nus et froids de ces temps maussades qui précèdent le printemps, lorsque le soleil timide brille à peine dans une aube de glace, et ne rien voir, tout d'abord. Rien que la terre nue défaite de son édredon de neige, rien que les arbres morts et leurs branches grêles cliqueter dans la bise, et puis baisser les yeux, et voir les pousses fragiles de l'herbe nouvelle se frayer un chemin jusqu'à la lumière. Voir le soupçon du renouveau se dessiner, à peine perceptible et pourtant bien là, prêt à s'épanouir, prêt à se déployer dans un lent renouveau. Sylvia comme le soleil était passée par l'ombre et avait connu son hiver qui avait flétri sa chevelure, mais comme le soleil elle avait retrouvé le chemin des cieux et venait renaître, chargée de promesses et d'espoirs. Cette sensation n'avait rien de triste, au contraire, cela emplissait Phalène d'une joie sans égal. Elle voulait tant l'aider, et la voir éclore de nouveau, curieuse de savoir quels pétales, quels feuillages, quel être nouveau sortiraient de ce qui n'était encore qu'une fragile plante en bouton.

Mais pour l'heure, tout était si timide encore, presque rien, et ce qui germait en elle réclamait tant de soin, tant d'attention! Ce n'était pas l'égoïsme de vouloir s'enorgueillir d'avoir participé à un tel processus, c'était tout simplement que comme toute chose, Phalène méritait qu'elle méritait son amour et ses soins, parce que c'était ainsi.

Phalène porta sa main au front de la guerrière dans un geste rassurant, et puis glissa ses doigts dans ses mèches pâles. Elle croyait comprendre, soudain. A l'instant où elle l'avait touchée, dans la cave, Sylvia s'était trouvée vidé de tout, comme si la peur avait tout emportée avec elle. Il n'y avait eu plus rien à cet instant, un si grand vide, dépourvu de la moindre émotion, de la moindre pensée, qu'elle n'avait pas pu souffrir de son contact, car il n'y avait eu alors plus rien à ressentir. Et là encore, même si elle revenait peu à peu à la vie, c'était l'absence qu'elle sentait, le vide que son ombra avait laissée en s'en allant. Le démon s'en était allé et Sylvia se trouvait privée d'une partie d'elle-même. Il lui faudrait réapprendre à vivre, alors ; vivre loin des ténèbres, et être enfin pleinement.

-Si tu le souhaite, nous demeurerons auprès de toi aussi longtemps qu'il le faudra. Nous avons tout le loisir de t'aider, sais-tu? Le temps ne nous manque aucunement. Après tout, tu es la seconde, et c'est à nous d'exécuter tes ordres.

Elle ponctua ses dernières paroles d'un sourire malicieux, comme si la nature joyeuse et insouciante de Phalène ne pouvait trop longtemps demeurer attachée à de graves sujets.

-Nous n'avons besoin que d'un mot de toi, et nous acrourrerons.


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Lun 21 Juil - 23:30
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Incroyable. Elle a lut dans mes pensées. Ou presque. Ou alors elle pense comme moi. Je suis heureuse. Tellement heureuse. Mon cœur bat à toute allure.

Et puis il y a sa main, sur mon front, qui joue avec mes cheveux. Instinctivement je frotte mes tempes contre sa paume, les yeux fermés, comme un félin conquis par la douceur d'une caresse.


-Si tu le souhaite, nous demeurerons auprès de toi aussi longtemps qu'il le faudra. Nous avons tout le loisir de t'aider, sais-tu? Le temps ne nous manque aucunement. Après tout, tu es la seconde, et c'est à nous d'exécuter tes ordres.

Mes yeux d'acier s'ouvrent, pleins d'émotions en ébullition. Je la contemple, je contemple son sourire malicieux. J'attrape sa main, celle qu'elle a porté à mon visage. J'en embrasse la paume tandis qu'elle reprend la parole.

-Nous n'avons besoin que d'un mot de toi, et nous acrourrerons.

Un seul mot. La fidélité jurée par l'affection. Plus fort que la peur qui me fit me lier à Robb. Plus fort que le respect et un idéal commun qui me fit rejoindre Joshua. L'affection. Simple. Pure. Oh, Phalène.

Je porte ma propre main à ton visage. Sans répondre pendant de longs instants je caresse les lignes d'encres de ta peau, puis je plonge mes doigts dans la crinière de tes cheveux. Je la ramène vers ton menton, caressant ta joue.

Un seul mot à dire.

Plus d'hésitation. Plus de barrière. Plus de gêne.


Loin de toi, j'ai peur. Si j'ai peur, je meurs. Je ne veux pas mourir. J'ai besoin de toi à mes côtés pour ne pas perdre pied. Le jour. La nuit. Tu es sûre d'être prête à passer quasiment tout ton temps avec moi, Phalène ?

Je ne sais pas ce qui te motive, belle Phalène. Je ne sais pas pourquoi tu semble prête à presque vivre avec moi. Mais si vraiment tu l'es, alors je crois bien que je ne pourrai plus jamais te quitter. Jamais.

Jamais ?

Jamais.


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Ven 25 Juil - 13:49
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Il s'en était suffi d'un mot, d'un souffle pour regarder éclore la lumière dans les yeux de Sylvia. Quelque chose s'était libéré, là, tout au fond, quelque chose se déployait lentement et prenait son envol. Quelque chose de petit, quelque chose de si fragile, mais qui irradiait dans ses prunelles grises comme la lueur d'un fragment de lune ou de soleil. Il y avait la clarté, là, puissante et vive comme une aurore d'hiver, et Phalène ne souhaitait rien d'autre que de demeurer auprès de ce feu blanc et pur qui animait son visage. Sous la neige de la chevelure, les arabesques couraient ça et là, comme un écho, un reflet de ceux dont l'encre noire faisait des fleuves et des méandres sur son propre corps. L'ombre et la lumière, à jamais réunies.

Elle sourit, alors que Sylvia ne semblait aucunement décidée à rompre le contact. Comme si de rien n'était, comme si c'était la plus naturelle des choses, leurs doigts, leurs visages, tout s'entremêlait, au point qu'elle avait le sentiment de ne plus faire qu'un. Le monde s'était réduit à elles deux, encore une fois, comme lorsqu'elle l'avait étreinte la première fois dans les ténèbres de la cave. Soudain plus rien, plus un son, plus une pensée, rien. Juste elle, et les champs vierges d'un esprit fraîchement revenu au monde des vivants. C'était si reposant de demeurer près d'elle... Elle faisait taire tout le reste, et pour la première fois depuis des années sans nombre, Phalène profita enfin d'un instant de silence.

Les paroles de la guerrière semblaient s'être soudain libérées, et la barde releva vers elle les miroirs de ses grands yeux d'azur lorsqu'elle osa enfin s'exprimer à coeur ouvert.

-Nous avons trouvé en toi un don inestimable, répondit-elle d'une voix douce, laissant le bout de ses doigts mutilés glisser le long de sa joue. Nous ne souffrons pas de toi comme nous souffrons de tous les autres, même s'ils ne le désirent point. Pas un jour, depuis le premier hiver, ne s'est passé sans que nous ayons à fuir le contact des autres et de tout ce qui vit et pense. Leurs songes, leurs êtres, leur présence, et pis encore, leur toucher, tout cela nous trouble et nous fait chavirer la tête et le reste. Nous ne pouvons, non, nous aimons nous mêler au monde mais la solitude est notre seul espoir, car là, lorsque rien ne pense, nous sommes en paix.

Elle courba le chef un instant, et puis pencha la tête d'un côté et de l'autre comme si elle se balançait au rythme d'une mélodie qu'elle était la seule à entendre.

-Mais tout est différent, avec toi. Tu es la seule dont nous supportons la présence et le toucher, et cela, ô Dieux, pour rien au monde nous y renoncerions. Rester près de toi ne serait pas un fardeau pour nous, car pour tout dire nous n'espérons rien d'autre que de pouvoir nous reposer dans ta lumière. Il fait si calme, près de toi! N'entends-tu pas? Il y a le silence, là ; nous aimons cela. Nous aimons les murmures qui chantent au fond de toi, et tout ce que nous sentons, là.

Ce disant, elle posa la paume de sa main sur le coeur de Sylvia, et sourit d'un air ravi lorsqu'elle le sentit battre à tout rompre.

-Tant de vie, tant de vie! Et si paisible... Murmura-elle en fermant les yeux à demi.

Elle laissa passer un instant de silence et puis revint à la réalité.

-Alors, non, et cela vaut pour promesse, non, cela ne sera pas un fardeau, ni un devoir, ni une entrave. Nous avons lié notre destin à celui de l'équipage de ce navire, et cela, jusqu'à ce qu'il soit temps pour nous de partir.

Phalène sourit encore, et posa son front contre celui de Sylvia.

-Il n'y aura plus de peur, murmura-elle. Il n'y aura plus rien pour te menacer dans le noir. Nos rêves chanteront pour toi, et nous chanterons encore même lorsque nous serons loin de toi. Quand bien même nous ne pourrions te guérir de cela, quand bien même tu ne voudrais de notre aide, nous le ferions. Il y a tant de souffrance en toi que nous ne pouvons rester sourde à cela. C'est là notre faiblesse, et nous pleurons et chantons pour chaque chose qui a de la peine en ce monde, car notre fardeau est de sentir tout cela. Nous n'avons guère que notre voix, et la guérison de nos chants, bien qu'éphémères, et si fragiles. Nous ferons comme toujours, à la mesure de nos faibles moyens, mais nous ferons.


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Ven 25 Juil - 16:01
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Ta main sur mon cœur, Phalène. Tes mots rassurants qui pansent les blessures de mon âme et qui chassent mes doutes. Un don inestimable je ne sais pas, toutes ces choses que tu me dis sur toi... Est-ce que tu vois dans mon regard l'affection qui grandit à chaque instant pour le petit bout de femme que tu es ?

Tu es autant de la mer que moi de la terre. Tes cheveux sombres et tes habitudes de voyageuse solitaire. Mes cheveux blancs, autant que le sel et l'écume, mes habitudes de marin que la mer nourrit, chérit et parfois égare, perd, trompe et tue... Tu es la terre et je suis la mer. Tu es mon ancre, tu parle de ma lumière qui te tiens au calme, mais sans ta présence solide je serais dévorée par la terreur rampante.

La peau de ton front contre le mien, tes doigts sur mes joues, l'odeur de ta peau, la sensation de l'encre incrustée dans ta chair. Ton souffle doux. Tes paroles qui font fondre mes dernières hésitations. Plus que cela, même. Tu es le sel de mon existence, car en ta présence le gel de la peur ne saurait revenir. Tu... Rah, et puis merde.


Nous ferons comme toujours, à la mesure de nos faibles moyens, mais nous ferons.
- Tu iras chercher tes affaires alors, pour les amener ici. Je vais te faire de la place. Je...


Trop de mots.

Ton front contre le mien. Fermer les yeux. Laisser glisser mon visage le long du tient pour embrasser ta joue et venir nicher mon nez près de ton oreille, dans tes cheveux. En respirer l'odeur. Serrer tes mains. Être en paix. Être bien.

Le reste du monde pourra bien survivre sans nous pendant quelques heures.


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Ven 25 Juil - 20:56
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-De la place?

Phalène regarda autour d'elle en se redressant, et osa un sourire mutin.

-Nous en voyons déjà bien assez. Nous voyageons léger, et ne possédons rien que nous ne pouvons porter chaque jour. Nous ne prendrons guère de place, rassure-toi.

Elle s'écarta d'un pas, et c'était déjà comme se défaire de quelque chose de très doux, comme s'écarter d'une ombre bienfaisante et revenir au soleil ardent. Mais cela ne durerait pas, et désormais la solitude ne serait plus qu'un souvenir très flou... Munin revint se poser sur son épaule et s'empressa de réclamer les mêmes attentions qu'elle avait prodigué à Sylvia alors que la barde prenait congé dans une petite révérence polie.
Dans les couloirs obscurs des cabines, Phalène en sautillait presque de joie, le sourire aux lèvres, et fredonnait quelque chose d'indistinct alors qu'elle repliait sommairement ses effets personnels pour les porter, les bras pleins de désordre, jusqu'à son nouveau logis. Lorsqu'elle revint, il devint manifeste que la notion de ce qu'elle pouvait porter recouvrait en réalité beaucoup plus de choses qu'on ne pouvait l'imaginer, et qu'à l'instar des tortues et autres animaux de cette sorte, elle portait littéralement sa maison sur son dos. La petite barde était bien plus coriace et plus solide qu'on ne pouvait l'imaginer, à la voir déballer à même le sol tout un fatras dont l'utilité ne sautait pas tout de suite aux yeux.

Tout compte fait, Phalène pouvait s'avérer bien plus envahissante que prévu. Toutefois, elle se garda bien de s'étaler outre mesure, et se contenta de stocker ses affaires dans un périmètre relativement restreint. Alors qu'elle déposait les uns sur les autres les lourdes sacoches de son paquetage qu'elle fit tomber une bourse de toile qui laissa rouler son contenu sur le plancher. Des perles d'os et de bois taillé, quelques rubans effilochés, des coquillages aux formes biscornues qu'elle avait ramassés au cours de ses périgrinations constituaient le trésor de cette petite besace. Phalène observa la chose d'un regard curieux, et ses grands yeux bleus soudain emplis de la lueur d'une idée soudaine glissèrent vers Sylvia. Munin voleta jusqu'au sol et donna quelques coups de bec pour faire rouler les ornements, jusqu'à saisir délicatement l'un d'entre eux dans son bec pour le porter dans la main tendue de sa maîtresse.

-Crois-tu, Munin? Murmura la jeune femme en guettant les yeux d'ambre du corbeau.

Elle fit pensivement rouler le frustre bijou entre ses doigts, chuchota quelque chose. A toute renaissance, il faut une marque. A tout renouveau, ses fleurs, ses bourgeons, à toute promesse, un sceau. Elle se souvint des premiers jours, lorsque la Femme Pluie avait effacé sous l'encre et la flamme les brûlures de l'hiver, lorsqu'elle avait tressé sa chevelure des serments que l'ont fait dire aux skald nouvellement initiés. Peut-être était-ce l'heure, pour Sylvia.

-Nous ignorons à quels us se plient les tiens, en de pareils moments, dit Phalène en levant les yeux sur elle. Désire-tu te plier aux nôtres?

Elle fit une pause, le temps de recevoir au creux de la paume une autre perle que Munin lui apportait.

-Nos ornements ont un sens, sais-tu? Nous avons gravé dans notre peau, partout dans notre être tous les serments que nous avons prononcés jadis, et lorsque vint l'heure de la renaissance, nous avons changé. Nous avons tressé nos cheveux de promesses et de souvenirs, et chaque perle, et chaque brin garde enclos la trace de ce que nous avons juré. Si ce jour doit te voir renaître, nous ferons ainsi pour toi. Munin trouvera ce qui te sied, et nous chanterons pour ton renouveau.


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Sam 26 Juil - 2:13
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Des couleurs. Partout. Pas brûlées ou délavées par le soleil. Pas écrasées par une trop grande lumière. Juste des tas de choses.

Ses affaires de voyage. Tellement différentes de ce que je peux posséder moi-même. Sacoches, sacs, choses pratiques à porter sans devoir les avoir à la main. Alors que ma vie toute entière a toujours tenu dans deux sacs de marin. Deux gros sacs en jute, lourds une fois chargés, imperméables, fermés par des cordons épais. Tout tient dedans, sauf mes armes que j'ai toujours sur moi.

Alors... Oui, au début ça me fait bizarre. Puis elle renverse ces perles, ces colifichets, ces choses que je ne connais que de loin. C'est comme si vous ouvriez la porte d'un autre monde sans faire exprès. Comme entrer dans la chambre de quelqu'un qui se change et avoir un accès de pudeur, s'excuser en refermant la porte avec un air honteux.

De vous à moi, j'ai appris à relativiser sur la pudeur très tôt. La moitié de l'équipage a déjà dû m'apercevoir à demi-nue ou presque. Je n'ai même pas eut besoin de faire de discours du genre "n'essayez pas même votre coup avec moi, je suis pas votre genre". En arrivant sur le Dédain il a suffit aux hommes d'apprendre que j'avais vaincu Joshua en ayant au moins autant bu, sinon plus, que lui.

Ma position de second d'office et le malaise causé par Robb ont fait le reste.

Là j'ai l'impression que cette bourse renversée est une porte ouverte par un courant d'air. Une porte ouverte sur le monde de Phalène, que je l'ai invité à partager en lui disant de venir vivre avec moi.


Nous ignorons à quels us se plient les tiens, en de pareils moments, dit Phalène en levant les yeux sur elle. Désire-tu te plier aux nôtres?

De pareils moments ? Je regarde avec étonnement son oiseau lui rendre la perle qu'il a récupérée, puis elle reprend rapidement.

Nos ornements ont un sens, sais-tu? Nous avons gravé dans notre peau, partout dans notre être tous les serments que nous avons prononcés jadis, et lorsque vint l'heure de la renaissance, nous avons changé. Nous avons tressé nos cheveux de promesses et de souvenirs, et chaque perle, et chaque brin garde enclos la trace de ce que nous avons juré. Si ce jour doit te voir renaître, nous ferons ainsi pour toi. Munin trouvera ce qui te sied, et nous chanterons pour ton renouveau.

Je crois que le plus grand obstacle dans ma relation avec Phalène sera de réussir à la comprendre quand elle parle. Sans lui faire répéter sans cesse ou expliquer différemment. Une habitude à prendre je présume. Mais je doute de croiser de si tôt quelqu'un qui soit en mesure de me traduire le "phalène dans le texte" comme disent les érudits.

C'est maintenant que je réalise que je viens de m'enticher d'une fille qui vient d'un monde qui n'a rien à voir avec le mien et qui survit dans mon monde depuis déjà plusieurs mois sans se plaindre. Il serait peut-être temps de lui rendre la pareille et m'ouvrant, moi à son monde à elle. Il sera toujours temps de la bombarder de questions. Après. Sans mot dire je lui souris et exécute une pirouette sur le lit, dans le simple but de me retourner sans avoir à retirer mes mains posées sur mes cuisses.

Question de flemme.

Je lui présente donc mon dos, mais surtout mes cheveux, assise sur le lit, lui jetant un regard de connivence par-dessus mon épaule. Je trouve mes cheveux beaucoup trop uniformes et sans saveur comme ça, en blanc. Alors ma foi. Oui, je crois bien que pourrai me satisfaire des coutumes de Phalène, de ses tresses et de ses couleurs !

Pour la première fois de ma vie, alors que je ferme les yeux et que je me détend dans l'attente de ce que fera Pha', je me tourne sciemment vers les dieux et je prie. Je remercie Azura Mia pour avoir été clémente avec l'enfant perdue et athée que j'ai été pendant toutes ces années. Je remercie Yehadiel pour s'être rappelé à moi et avoir fait que sa bougie m'éclaire dans les ténèbres. Je félicite Exios pour la finesse de son plan et sa patience, mais lui demande de bien vouloir considérer le pacte que j'ai passé avec lui étant enfant comme caduque étant donné que Robb a rompu les termes.

Instinctivement, désormais, je crois oui. Ma lumière et mes runes ne viennent pas de nulle part. Une puissance quelque part les a instillées en moi. J'ai toujours été superstitieuse, étant marin. Mais il semble que je tende à devenir croyante désormais. Comme quoi, rien n'est jamais écrit d'avance.


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Dim 10 Aoû - 10:57
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Phalène battit joyeusement des mains quand elle vit Sylvia s'exécuter et se retourner pour lui présenter la cascade de ses cheveux blancs, libres comme une feuille vierge. C'était à elle d'y écrire, à présent, dans un langage nouveau, les prières et les promesses qui scelleraient sa nouvelle vie.
Ayant ramassé une pleine poignée d'ornments divers, Phalène remercia Munin et vint s'asseoir derrière sa compagne. Elle répandit près d'elle les perles, les rubans et les décorations de bois, d'os, plus rarement de métal, qui iraient bientôt orner le champ de neige de cette chevelure. L'instant avait son importance.

-Chacun des traits d'encre que l'on a fait sur notre peau, chacun des bijoux que nous portons, jusqu'au plus humble, signifie quelque chose, dit-elle en saisissant délicatement une fine mèche pour la considérer pensivement à la lumière.

Comme des fils de soie, ils captaient la lumière, brillaient, et reflétaient une infinité de nuances subtiles et délicates que l'on ne semblait être capable de saisir qu'à moitié. Le blanc était en soi une couleur, dont la richesse et la complexité avaient toujours fasciné la barde qui se navrait que l'on n'en fisse de nos jours qu'une non-teinte retranchée du spectre des autres teintes.

-Notre peuple a coutume de porter ces ornements, que les étrangers prennent pour de la coquetterie. Il n'en est rien, en réalité, et à chaque changement, à chaque évolution que nous connaissons, à tous les paliers les plus importants de nos vies, nous consacrons notre chair et notre être à ces mouvements intimes qui nous font devenir autre. Et ce jour, Sylvia, je voudrais en faire de même pour toi.

Elle fit une habile torsade du bout des doigts, et présenta à Sylvia plusieurs petites perles façonnées, sans doute des mains mêmes de Phalène, dans un ambre grossier où l'on voyait encore des éclats et des grains de sable pris dans la masse. La matière brillante et dure avait la même couleur rousse, sombre ça et là, plus claire ici où elle prenait des reflets de miel, que le furent les cheveux de la seconde, quelques jours auparavant.

-Ceux-là seront pour le souvenir, dit-elle doucement. Nous portons nous aussi en nous la mémoire de ce que nous fûmes, avant l'hiver.

Ce disant, elle tira sur le col de sa robe et en effet, le bouquet virginal de quelques fleurs de montagnes d'une espèce incertaine ornait sa poitrine et encerclait l'amorce d'un sein laiteux. Elle sourit encore, d'un air gai et rassurant, comme si elle emmenait Sylvia par la main dans une espèce de promenade immobile dans son propre monde.

-La chose est simple, croyons-nous. En tissant la trame, en tordant le fil, en perçant de l'aiguille, nous fixons les mots dans la chose qui en naît. Nous avons coutume de faire des prières en tressant les cheveux de nos gens, et nouer -littéralement- nos serments et nos promesses de la même sorte. Les mots ne partiront plus.

Elle fit une pause, et puis glissa dans une boucle de cheveux les quelques perles d'ambre. Et puis, elle en saisit d'autres, très vieilles, pareilles à celles que Phalène portait dans les cheveux : c'était une sorte d'émail un peu terni, d'un indigo presque noir sur lequel on avait appliqué des motifs d'oiseaux blancs. Ses doigts mutilés, quoique très habiles, s'agitèrent patiemment pour saisir les brins et les mèches, et sa voix s'éleva de nouveau tandis qu'elle se penchait un peu pour parler presque à son oreille. Son souffle souleva faiblement quelques cheveux dans un frémissement délicat, se glissait et s'insinuait sur sa nuque et sa gorge comme les remous d'une brise tiède. Cette première promesse, c'était Phalène qui voulait la prononcer. Elle en eut un frisson soudain alors qu'elle glissait une à une les quelques perles bleues et blanches, parce que c'était soudain comme imposer sa marque, et elle réalisait enfin ce que c'était que d'être de ce monde et d'en faire partie au point d'influencer à ce point l'existence d'un autre être. C'était comme un vertige, mais cela lui soulevait soudain le cœur d'une joie sans pareille.

-A celle que tu fus et celle que tu seras, chuchota-elle, nous jurons ce jour, sur tout ce qui nous est cher, sur les serments que nous fîmes jadis sur le sang de nos pères.

Chaque mot, doucement, chaque mot, chaque boucle, comme si les torsions habiles et les mouvements et les gestes patients de Phalène étaient autant de filets à papillons qui captaient les sons dans leur fibre soyeuse, pour les rendre aussi durables que le serait Sylvia.

-Nous jurons, reprit-elle en baissant la voix. Plus jamais nous ne serons seule, ni toi, ni nous, jamais les pauvres os et l'âme égarée livrés à l'ombre et l'hiver.

Ses paroles une fois prononcées, Phalène demeura là un instant comme un insecte pris au piège, respirant l'odeur de sel et de fourrure de la chevelure, et la chaleur qui dissipait tout le reste, cette tiédeur douce qui irradiait d'elle comme une aura, ce qu'elle n'avait ressenti depuis tellement d'années qu'elle avait oublié la manière dont les autres étaient faits. Enfin, elle recula un peu, fermant les yeux, et esquissa un soupir profond. Il y avait eu quelque chose, là. Mais quant à savoir de quoi il s'agissait... Mais il y avait encore beaucoup à faire.


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Lun 11 Aoû - 20:08
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Oh, Phalène. Ma douce amie. L'ancre de ma lumière. Tu pourra encrer ma peau s'il t'en sied, y gravant nos mots conjoints, nos promesses et nos rêves. Nos serments, présents à venir. Présents oui, car tu ne sera pas la seule à promettre quelque chose aujourd'hui.

Je te laisse le tour cependant, j'écoute ta voix et je bois tes mots et je cherche des prises dans le sens de tes paroles. Des prises pour reposer les bases de mon existence. La terreur a tout raser. Plus de repères. Plus de reliefs. Plus de couleurs. Seulement un grand vide dans ma tête qui se voit dans mes cheveux et mes yeux.

Mes cheveux étaient roux, mes yeux étaient verts. Mes yeux son gris d'acier, le même qu'Adamante. Mes cheveux sont blancs, le même que la neige. Je comprends maintenant pourquoi certains peuples disent que c'est le blanc, la couleur de la mort. Trop de blanc, ça a quelque chose de dérangeant.

Trop de noir aussi. Surtout trop de noir. Je préfère la multitude colorée de la vie. C'est cela qui me réchauffe. J'acquiesce d'un sourire aux perles que me montre Phalène. Dans la flotte de l'empire je n'aurais pas pu me permettre cela. Une tresse décorée de perles dans les cheveux ? Impensable pour la seconde de l'Amiral de la Flotte d'Aile Ténébreuse.

Mais nous sommes pirates. Nous sommes libres. Alors les démons iront se faire mettre si ma coiffure ne leur convient pas. Y compris le pisse-roide de quartier-maître, avec qui j'adore me lancer des défis stupides. Il me tancera sur cette touche de couleur. Je le tancerai sur sa sale gueule et on se mettra dessus après avoir vidé une bouteille de rhum, histoire de maintenir l'ambiance et de bien redémontrer à tout l'équipage que, même bourrés, ont reste les meilleurs castagneurs de tout Eau.

... Enfin, au moins du Dédain.

Mais même tout ça serait sans faveur désormais, sans Phalène avec moi. C'est bête, mais sentir ses attentions, ses mains tresser mes cheveux, ça me fait du bien. Son attention est une châle agréable sur mes épaules. Ces perles dans mes cheveux, qui viennent colorer la feuille blanche de ma crinière, sont des trésors qu'elle place là pour que je les garde à jamais.

Et merde. Depuis combien de temps je ne me suis pas laissée aller à la tendresse ? A l'affection ? A la sincérité touchante et à la douceur ? Tu m'emmerde Robb, tu m'as volé trop de choses trop longtemps.


Tu as une perle multicolore ? Ou translucide dans une couleur vive, qui diffracterait la lumière ? J'aimerais rajouter un mot à cette première promesse, tu veux bien ?

Juste un sourire, encore, par-dessus mon épaule. Une lueur dans le regard, amusée.

En fait je me moque de ce que j'ai perdu. Désormais, je me sens vivante. C'est tout ce qui compte.


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Mar 12 Aoû - 19:37
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Phalène se redressa soudain lorsque la voix de Sylvia la tira de son égarement. Elle sourit, et laissa glisser d'entre ses doigts la mèche qu'elle tenait toujours précieusement.

-Tout ce que tu voudras, répondit-elle avec douceur. Nous devons bien avoir cela quelque part... Quelque chose à ta convenance, voyons...

Elle fouilla du bout des doigts dans les nombreux ornements que Munin avait rapportés et qu'elle avait tirés de ses affaires, mais ne sembla rien trouver d'adéquat et fronça le nez avec un soupçon de contrariété. Rien de ce qu'elle avait là ne semblait aller, pas assez de lumière, pas assez de couleurs, et puis, elle sentait au fond d'elle, confusément, que ça n'irait pas. Finalement, elle se redressa avec l'expression ravie d'un prophète qui reçoit l'illumination et se leva à toute vitesse, trottinant jusqu'à ses affaires encore entassées dans un coin.

-Nous avons trouvé! Mais nous devons encore mettre la main dessus. Oh, nous avions oublié cela, n'est-ce pas, Munin? Ah, sommes-nous idiote parfois...

Phalène ouvrit tout grand l'un de ses sacs, puis un autre, sans que sa quête ne semble couronnée de succès. Elle ne cessait de murmurer pour elle-même, adressant parfois quelques mots au corbeau qui veillait près d'elle en l'observant avec attention. La petite barde semblait un peu agitée, mais c'était une excitation joyeuse qu'on semblait déceler dans sa hâte qui la faisait vider, les uns après les autres, les éléments disparates de son paquetage.

-Non, non, nous ne pouvons l'avoir perdu...

Elle souleva un sac et le vida entièrement de son contenu, traquant le fond d'un oeil acéré, avant de mettre enfin la main sur ce qu'elle cherchait frénétiquement. Un tout petit paquet enveloppé avec un soin immense dans plusieurs couches de toile fine avait roulé dans un coin, et elle s'en empara avec un petit rire joyeux.

-Nous le savions! Ah, Munin, quelle étourdie nous faisons!

Phalène retourna s'asseoir sur le lit à petits pas pressés, tenant le paquet entre ses mains comme s'il s'agissait de quelque chose de très fragile et très précieux. Elle prit place face à Sylva et déplia, lentement, le tissu sur ses genoux pour en dévoiler le contenu soigneusement dissimulé. Les couches successives de toile étaient usées et parfois réduites à la simple trame de la laine qui avait manifestement traversé les décennies et les intempéries, mais le trésor était encore intact : quelques perles irrégulières comme de petits galets polis roulèrent dans les replis. Cela ne semblait guère plus qu'une sorte d'ambre grisâtre, traversée d'inclusions comme du verre brisé qui jetaient de vifs reflets. Mais lorsqu'elle en éleva une à la lumière, la surface lisse se fit changeante, comme si elle n'avait pas vraiment de couleur propre, et oscilla de bleu, de vert, d'argent pur, avant que de douces nuances d'ocre et de brun ne s'y immiscent à la faveur d'un rai de soleil.

-Cela convient-il à ton vœu? Nous avons cela en notre possession depuis de fort longues années, mais nous n'en avons jamais trouvé l'usage. Nous attendions qu'il se présente à nous, voilà tout. C'est une ambre rare qui vient de nos montagnes, et elle est fort précieuse pour les miens. Nous serions heureuse que tu le porte, acheva-elle dans un large sourire.


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Ven 22 Aoû - 20:22
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Parfait, cet ambre changeante serait parfaite. A demi-tournée vers Phalène je tends ma main pour prendre la sienne, celle qui tient l'ambre, pour la serrer dans la mienne.

Moi, Judith Sylvia Anna Maria Da Valle, dit Sylvia Morenbal, je promet de faire ma route à tes côtés ou de t'attendre au bord du chemin aussi longtemps qu'il le faudra pour que nuis puissions cheminer de concert. Car plus jamais la solitude ne fera partie de notre quotidien.

Je n'ai jamais eut de vrais amis. J'allais toujours trop loin pour les autres. Même feu mon ancienne capitaine, qui m'était très chère, ne comprenait pas mon obstination à m'entraîner toujours plus au maniement d'autant d'armes différentes. Même mon père adoptif, mon estimé parrain auto-proclamé, n'avait pas poussé aussi loin que moi sur la recherche de la perfection dans le maniement des armes blanches.

J'ai toujours été la fille qui va au bout des choses. Poussée par Robb, dotée d'une inflexible volonté et d'une aura effrayante, j'ai toujours avancé droit sans me soucier des autres plus que nécessaire. Mon empathie a été amoindrie tout ce temps. Ma capacité à aimer, à prendre d'affection, a souffert. J'ai souffert, sans m'en rendre compte.

Si je m'étais retrouvée seule face à Robb dans la cave, j'aurais sombré. Si cela été dans quelques années, peut-être que je n'aurais pu m'en prendre à qu'à moi-même d'avoir laissé l'influence de Robb prendre le dessus et m'isoler du monde, presque par confort.

Mais il n'en fut rien. Phalène et Orgath étaient là. Phalène est toujours là, les mains dans mes cheveux et les mots dans mon cœur. Orgath ne doit pas être bien loin. Même ce chacal de Quartier Maître est là. Seul adversaire valable à bord à mon sens, à condition d'utiliser ses armes de prédilection. Incomparable compagnon de beuverie débridée et de bagarre brutale mais néanmoins amicale et cordiale.

Une fiéffé enflure comme on en fait plus de nos jours. Mais maintenant que Robb n'était plus là, peut-être que lui aussi deviendrait un ami. Et Joshua, Cendre dont j'aurais voulu me rapprocher sans en avoir l'occasion, Orgath aussi.

Autant de gens sur qui compter désormais. Peut-être. Sans doute ?

Au moins Orgath et Phalène. Et Joshua s'il avait des explications convaincantes... Et qu'il arrive encore à les avancer après que je lui ai fracassé son amour-propre sur la tempe. Et Cendre quand j'aurai pu prendre le temps de mieux parler avec elle.

Mais là, tout de suite maintenant, la seule personne qui compte c'est celle qui vient de s'installer "chez moi". Et j'espère que mon ajout à notre promesse lui plaît. J'espère aussi que l'ambre rendra bien dans la lumière. Et puis j'ai hâte que le Quartier Maître me fasse une réflexion, que ça me donne un prétexte pour qu'on se batte un peu parce que ça me démange de pouvoir taper un truc tangible là.


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Dim 24 Aoû - 18:01
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Phalène cligna des yeux, une fois, deux fois. Le bleu s’embuait d’une averse passagère, comme une ondée de printemps qui trouble à peine la lumière de l’azur profond. Elle ne sut nommer l’émotion étrange qui lui serra le cœur ; c’était une chose de ressentir les émotions des autres, c’en était une, toute autre, de les entendre formuler à voix haute, avec ce regard ferme et décidé, et pourtant plein de tendresse, les mots qu’elle ne se lassait pas d’écouter.

— Plus jamais, répéta Phalène d’une voix douce. Plus jamais seules.

Ses doigts glissèrent avec une certaine maladresse dans les cheveux de Sylvia, mais elle tâcha de se concentrer sur ce qu’elle faisait, et bientôt l’ambre gris et irisé étincela de mille feux, comme un joyau entrelacé de ruisseaux de neige. Phalène garda un instant les yeux baissés sur ses mains, avant d’étreindre vivement Sylvia dans ses bras, avec cette impulsivité si imprévisible qui était la sienne.

— Merci, murmura-t-elle. Nous avons toujours souhaité, sans le savoir, entendre de pareils mots.

Elle s’écarta ensuite, et porta la paume de sa main à ses paupières encore perlées de petites larmes joyeuses qui roulèrent dans la fossette de ses joues creusées par un vaste sourire.

— Nous ignorions que cela nous ferait... Un tel effet ? Oh, nous sommes si heureuse !

Phalène éclata de rire, et l’ondée s’attarda encore au bout de ses longs cils, comme une source longtemps tarie qui s’épanche à nouveau, comme si à force de ressentir les sentiments des autres, la jeune femme en avait oublié les siens. Dans le champ vierge de l’esprit de Sylvia, elle pouvait de nouveau s’épanouir et vivre, et être elle-même, aussi étrange que cela puisse être.

Elle déposa un tendre baiser sur son front et se redressa pour s’écarter un peu, comme pour fuir ses propres maladresses, comme si elle-même n’était plus si sereine face à ses propres émotions. Mais, Dieux, que cela était doux de ressentir pleinement, si vivement que son esprit ne semblait plus suffire pour l’enclore totalement, de ressentir sans en souffrir... Elle se sentait comme un vase sans cesse débordant, comme si tout ce qu’elle avait à présent au fond du cœur devait se répandre partout autour d’elle et irradier comme un soleil, car elle n’était pas suffisante pour le contenir. Son visage rayonnait, alors qu’elle posait un regard amusé sur Sylvia, et ses jolies tresses chargées de leurs promesses nouées l’une à l’autre.

Soudain, plus de paroles. Que restait-il à dire ? Elle n’avait plus d’autre envie que de rester là, flotter dans les eaux paisibles de cette âme tranquille et se noyer dans les miroirs liquides de ses beaux yeux gris. Soudain plus rien, le monde entier n’avait plus la moindre importance et semblait s’être effacé dans le silence. Comme dans la cave, elle pouvait sentir sa présence, partout, et le rythme de ses pensées, celui de son cœur, comme si soudain les barrières entre les âmes se voyaient abolies et que de leurs esprits, elles ne faisaient soudain plus qu’un. Mais sans doute cela allait-il à sens unique et Sylvia se voyait toujours reléguée derrière d’impénétrables frontières.

Phalène effleura doucement sa main.

— Nous aimons déjà nous reposer à l’ombre de ton esprit, dit-elle d’une voix plus apaisée. Nous regrettons que tu ne puisses en faire de même...

Un gloussement lui échappa alors que Munin revenait sur son épaule.

— Quoique ce serait peut-être un étrange voyage pour toi, nous sommes réputée avoir un esprit, disons... Particulier.


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Jeu 11 Sep - 12:24
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Peut-être pas tout de suite.

Voyager dans son esprit ? Est-ce seulement possible ? Sans doute si elle le propose, mais je ne me sens pas encore prête à ça. J'ai besoin avant tout de temps pour me remettre. Sa présence est une aide inestimable, mais pour au moins quelques jours, je vais profiter de mon enveloppe corporelle sans les joies inhérentes à la présente d'un esprit ou autre collé à mon dos.

Levant une main dans la pénombre, tandis que la nuit tombe doucement dehors et que la soupe ne tardera plus à venir, mes yeux se ferment et un état de paix me gagne. Il y a dans mes cheveux une promesse mutuelle de soutient et de compagnie, faite sans y réfléchir. A sa manière, elle compense ce pacte passé dans la peur, il y a vingt ans de cela.

Sur ma main les lignes commencent à briller, je le sens à travers mes paupières closes. Ouvrir les yeux me permet de le constater également. Un large sourire illumine mon visage, c'est comme dans la Cave. Je porte la lumière ! Enhardie par ce constat, je laisse la lueur se propager sur le reste des runes. Ce sont comme des motifs de lumière qui s'inscrivent dans ma peau.

Je retire ma chemise, avec l'aide de Pha sans doute, pour rester en brassière. Les runes couvrent le haut de mon dos, mes épaules, le haut de ma poitrine, ma gorge, mes joues, mon front... mon crâne ? J'ai l'impression de voir une lumière jaillir de sous ma chevelure argentée, une lumière pareille à l'éclat de la lune qui transperce l'obscurité !

Le pouvoir qui pulse dans ma peau, bat aussi dans mon cœur et les tréfonds de mon âme. Quelque chose dans mon esprit dévasté s'élève lentement, une graine qui germe, une pousse timide d'un arbre étrange, sous la lumière de la lune. Je crois que j'aime vraiment cette liberté nouvelle.

Mon regard se tourne vers Pha, je lui souris comme une gamine à qui on vient de donner un nouveau jouet, assise sur mon lit, brillant de toute la force que je peux. Je me sens infiniment bien, ainsi, mieux que depuis des années...

Sans vraiment réfléchir, je l'attrape dans mes bras pour lui faire une sorte de gros câlin. La fille de la montagne et celle de la mer sont une équipe avec laquelle il faudra compter désormais !


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Sam 13 Sep - 11:53
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Phalène eut un petit rire qui lui fit plisser les yeux de mille petites rides qui trahissaient déjà l’usure du temps et donnaient à son visage une allure sans âge, à la fois enfantine et vénérable.

— Pas maintenant, non, tu n’es pas prête, et nous non plus. Et quand bien même, de cela, nous n’avons jamais trouvé le moyen.

Et pourtant elle avait cherché, papillon solitaire, à mêler son âme à celle d’un autre être, cherchant à fuir cette solitude qui venait comme un fardeau avec son sacerdoce, cherchant un lieu à l’ombre duquel se reposer. Mais d’ombre, il n’était plus question de parler quand Phalène regarda sa tant-aimée élever la main, qui se couvrait de motifs merveilleux, d’arabesques et de lignes sinueuses desquelles émanait la même lumière, vive, comme un or clair de matin de printemps, comme de la lumière liquide qui faisait courrière ses méandres et ses rivières à même sa peau pour la transformer en une cartographie merveilleuse de delta féérique qui ruisselait sur les os saillants et les muscles, et les rondeurs, parfois.

Et cette fois, la barde demeura sans mots, sans voix, car elle sentait tout autant sa propre joie, son propre émerveillement à la vue de ce prodige sublime, et tous les sentiments de Sylvia qui éclosaient avec autant d’ardeur, de beauté, de légèreté, portés par la lumière qu’elle dégageait, comme si soudain plus d’ombre, plus de ténèbres ne pouvaient subsister près d’elle et même l’obscure Phalène et ses cheveux d’encre et ses tatouages de nuit bleue semblaient métamorphosés par son éclat qui semaient des reflets, partout, partout où la lumière se posait, et noyait de blancheur douce et de clartés vagabondes tout ce qui l’entourait.

Elle ne savait d’où cela venait, mais elle se sentait bien, comme pleine de cette allégresse indicible que l’on ressent parfois dans des aubes cristallines, sans savoir d’où cela vient, léger et fuyant comme le vent dans les arbres. Elle se sentait légère, soudain, débarrassée des peurs, des angoisses, des poids trop lourds d’une existence difficile, et soudain l’hiver était loin et c’était le printemps le plus clair, le plus vif et le plus délicat qui se déployait et comme les jeunes pousses s’élevant vers le ciel pour se déployer et s’étendre comme des bras engourdis. Bien. Il n’y avait pas d’autre mot, à vrai dire ; c’était comme un instant suspendu entre deux mondes, comme une seconde muette, une seconde arrêtée, comme si l’univers tout entier avait stoppé sa course au zénith de ce sentiment qui ne cessait de prendre de l’ampleur au fond de son ventre depuis quelques minutes, et soudain, on lui faisait grâce de cet instant suspendu quand Sylvia la prenait dans ses bras et qu’elle avait l’impression d’étreindre un ange, un être fait de lumière et de douceur, à la peau tiède de vie et de tendresse.

Phalène ferma les yeux, souriante, et il lui semblait que jamais au cours de sa vie elle n’avait ressenti pareil ravissement. Ce n’était pas le transport violent des passions extatiques, non, c’était aussi tranquille, presque anodin, que la beauté fugitive d’un petit matin limpide. La simple impression de béatitude subtile et légère qui nous prend le coeur, tout simplement, dans les bras de ceux qu’on aime. C’était doux, si doux ! Derrière les paupières de Phalène filaient des visions vagabondes, mêlées de souvenirs et d’images étrangères. La lumière de Sylvia devenait celle d’un soleil fragile qui coulait entre les feuillages comme des rais de miel transparent, et qui jouait en transparence dans les pétales de quelques fleurs sauvages encore froissées de rosée. Là, tout était clair, limpide, tout était frais et innocent, tout était neuf et sans tache. C’était un peu comme cesser d’exister, juste un instant, et se diluer pour ne plus être que l’autre, pour ne plus ressentir que l’autre, et l’immense complexité de son être pour l’heure réduit à presque rien, mais déjà renaissant.

Perdre pied, un peu, et se laisser emporter, doucement. Au rythme des vagues, au rythme de tout, Phalène cessait d’être, oh, juste un tout petit peu, un tout petit instant, pour ne plus ressentir que Sylvia, et sa lumière. Tout au fond, bien profond, dans les gouffres immenses de l'être, quelque chose avait cessé d'être triste, au fond. Quelque chose, peut-être la fillette mangée par l'hiver qui n'avait cessé de regretter le doux temps de l'innocence, avant la cassure, avant la presque mort hurlante. Et cette petite chose, cette insignifiante petite chose qui n'avait jamais voulu rien d'autre que de trouver repos et réconfort auprès de quelqu'un venait soudain de cesser de pleurer son infinie solitude.


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