Terra Mystica

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 Atque in perpetuum, frater, ave atque vale

 
Sam 31 Mai - 17:18
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À la nuit profonde qui avait vu un obscur serment se lier avait succédé une aube, claire et vive comme elles le sont au printemps de ces terres brûlantes. Messaline, assise sur un quai encore désert, regardait le soleil briller sur la mer, émergeant des flots comme un disque d’or pâle et tremblant qui semait les vagues paisibles de reflets aveuglants. L’eau murmurante s’était muée en argent liquide émaillé de lueurs jaunes et bleutées, et la lumière rasante faisait des ombres immenses en révélant chaque contour de la cité endormie qui ne s’éveillerait pas un long moment. C’était l’heure étrange, suspendue entre le petit matin et la nuit, trop tard pour les nocturnes, trop tôt pour les diurnes, où l’ombre se dissout peu à peu dans la clarté naissante d’un jour neuf. Le silence était profond, à peine rompu par le ressac contre la pierre usée. Tout hésitait encore, bleui de nuit, frissonnant à peine, le monde entier plongé dans une torpeur tranquille.

Sur les genoux de la jeune femme reposait le petit livre que l’obscur maître avait déposé entre ses mains avant de s’en aller. Ses longs doigts minces, croisés sur la couverture, en écornait distraitement le cuir craquelé. Elle ferma les yeux, longuement, baissant ses paupières lourdes pour s’abriter de la lumière éblouissante après une nuit entière passée à la lueur d’une bougie solitaire, à dévorer les pages de son bréviaire. Les mots tournoyaient encore dans sa tête fatiguée, se précipitaient en tourbillons qui ne cessaient pas leur course folle et répétaient sans cesse les mêmes paroles à son esprit enfin apaisé. Doucement, tout doucement, elle se repassait sans cesse le fil des hymnes, des prières et des paroles, comme on égrène un chapelet. Son âme, bercée et nourrie par le livre saint, se reposait enfin après des heures de veille sans pouvoir trouver le sommeil.
La lueur du matin l’avait surprise encore penchée sur l’ouvrage, et elle était sortie prendre l’air, goûter à quelques instants de paix avant de s’en aller. Il y avait sans doute des choses à faire, avant. Des gens à voir, des choses qu’elle aurait aimé accomplir avant de s’en aller remettre son âme et sa vie entre les mains de son noir sauveur, mais à la lueur de l’aube tout s’était dilué dans le vide, et elle ne ressentait plus que la sérénité mélancolique de ceux qui voient venir la fin de leur existence.

Tout était terminé. Elle n’avait plus le temps pour les regrets, car déjà il fallait se hâter vers sa fin, courir dans ses bras ouverts, et s’en aller mourir pour renaître enfin délivrée de ses chaînes, renaître autre dans un monde où la souffrance n’était plus. La fatigue avait engourdi toutes les sensations, et c’était comme flotter dans un rêve, désincarnée. Le vent mouillé de la mer glissait ses doigts gourds et indiscrets dans sa chevelure, dans les replis de sa robe légère et de ses voiles, mais elle n’en sentait qu’à peine le souffle froid sur sa peau. Un goût de sel s’attardait sur ses lèvres, et la tiédeur de l’aube n’était qu’une buée à peine perceptible, comme un souvenir fugace. Elle savait ce qu’elle aurait dû ressentir, sans l’éprouver, mais cela n’avait plus d’importance. Plus rien n’avait d’importance, et elle se sentait emplie d’une quiétude rassurante à l’idée de savoir qu’elle allait très bientôt échapper à tout cela.
S’échapper, oui, se défaire des griffes du sort qui lui avait jeté des fers aux pieds dès sa naissance, se défaire des entraves inhérentes à toute vie, et défier la course du temps et du monde en reniant le don de Yehadiel. Renoncer à sa vie, à son âme, pour peu qu’elle ne souffre plus. Le marché était équitable.

Relevant les yeux, Messaline sourit doucement à l’immensité du ciel pur qui se déployait en nuances d’azur, d’outremer, de rose et d’or éclatant. Quelques nuées attardées barraient l’horizon flamboyant de longues traînées teintées de nuances subtiles, et son regard s’étonnait presque de tant de clartés, de tant de lumière après avoir plongé dans les remous de l’obscurité ; après ce qui s’était passé dans le secret de cette chambre anonyme, elle s’étonnait presque de revoir le soleil se lever, de savoir que le jour irait, naître et mourir encore, et que la douce lueur de la lune complice s’effaçerait de nouveau. Mais dans la voûte céleste, elle demeurait visible, gibbeuse et enflée comme un espoir défunt, veillant encore avant de s’effacer peu à peu. Elle sourit à la lune et lui courba le chef, avant de replonger dans la contemplation songeuse des flots mouvants à ses pieds. Bientôt, elle s’en irait, se lèverait de ce quai désert, se plongerait une dernière fois dans la foule grouillante, avant de se retrancher du monde et de la valse des vivants pour s’enfuir là où murmurent les âmes égarées.

Du bout des doigts, elle tira des replis de son vêtement une grenade mûre et ronde, l’écorce gonflée de grains. Ses ongles la fendirent sans effort pour dévoiler son trésor grenat, et elle porta à ses lèvres trois pépins comme des gouttes de sang. Elle sourit, songeant que ce serait sans doute la dernière qu’elle mangerait, et dont elle serait encore capable d’apprécier la saveur. Cela avait été ainsi, dans le conte, Corê en goûtant ce fruit avait pour toujours tué le printemps. Messaline se souvenait encore de ceux qu’elle avait laissés dans la fontaine, flottant comme des trésors abandonnés, lorsqu’elle avait décidé de s’enfuir la première fois. Elle n’avait jamais oublié les paroles de la vieille prophétesse, et en rit soudain avec une allégresse funèbre quand elle comprit : personne ne la verrait vieillir ! Et la chair transfigurée par les noirs sortilèges de son maître ne serait jamais atteinte par les affres de l’âge, et toujours ils garderaient intacte la beauté de Messaline. Finalement, peut-être tout cela avait-il été écrit, peut-être était-elle née avec en elle cette part d’ombre qui se déployait à présent, nourrie des promesses du non-mort. Son rire se déploya de nouveau, balayant le quai désert et se mêla aux murmures du vent, éclatant dans le silence comme un feu soudain.

On aurait fait un beau tableau de sa silhouette gracieuse, assise, seule et détachée de tout, sur le bord désert de ce quai nu où battaient les vagues paresseuses. Ses cheveux s’enflammaient de lueurs jaunes et ambrées, brassés par le vent qui en soulevait les mèches folles et en faisait comme un bouquet de soie vivante et fluide qui la couvrait tel un manteau de fils d’or et de cuivre mêlés. Elle s’était vêtue de blanc comme à son habitude, et avait ainsi entre ses voiles la semblance de quelque nymphe égarée, irréelle et sereine comme une mélancolique madone au rire funeste.

C’est en relevant les yeux que Messaline le vit. Un visage connu, un visage aimé. Sans doute le dernier qu’elle eut voulu apercevoir alors même qu’elle s’apprêtait à partir sans regrets ; mais ceux-là qu’elle avait voulu fuir, qu’elle avait repoussés, lui revenaient à présent.

Ne pleure pas, ma mère, disait Corê dans le conte ; si l’hiver m’est venu, c’est que mon cœur a toujours été, sans doute, fait à moitié de lui.

Mais c’est en pleurant à demi qu’elle lui sourit, en sachant qu’il était temps de lui dire adieu. Il était sans doute la seule chose qui eût la moindre valeur dans son existence, le seul être au monde auquel elle eût voulu cacher son entreprise, mais comme un dernier rappel de tout ce qu’elle perdait en ce jour, le hasard l’avait mis sur sa route dans la même ville où il l’avait fait la première fois.


"Ô, Perséphone, il ne te reste qu’un pas.
L’enfer sous tes pieds exhale le parfum des asphodèles.  "



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Ven 11 Juil - 19:17
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Jihad s’immobilisa, laissa son regard naviguer au gré des coques amarrées, eut le geste instinctif de plonger ses mains dans ses poches ; nerveux, peut-être, ou alors soulagé, il ne savait guère. Ses paumes glissèrent sur le tissu immaculé de sa tenue cérémonielle et ses doigts se refermèrent en un poing maladroit, révolté par l’impuissance qu’il aurait sûrement voulu extérioriser en frappant la première chose qui lui passerait sous la main. Mais les tonneaux de marchandises s’amoncelaient devant lui, tranquillement transportés d’un bord à l’autre par des marins matinaux et l’envie disparut aussi vite qu’elle était venue ; l’éphémère laissa retomber ses bras, résigné, avant de reprendre sa lente ascension vers le navire qui devait le ramener chez lui. C’était un concept étrange, a fortiori pour l’héritier el-Houari qui venait, en outre, de fuir une nouvelle fois ses responsabilités familiales sans avoir pris le temps de les expliciter clairement à celui à qui il devait succéder. Mais Lenore était morte et la cérémonie funèbre s’achevait à peine ; encore drapé de la toge blanche qui trahissait entre autre chose de ce qu’il venait de subir, Jihad n’avait pas eu le cœur de s’exprimer. Si sa mère avait pleuré, si son père avait sévi, il était resté là, silencieux, la gorge serrée mais le regard vide, sec des larmes qu’il désirait sans pouvoir les exprimer.

Un fantôme déchirant la nuit de son voile blafard, Jihad ressassa ses derniers mots : ‘je finirai toujours par revenir.’ Ce n’était pas un mensonge, au demeurant : chaque jour ses racines déchiraient sa nostalgie et si l’appel de la liberté qui tiraillait ses veines ne le laissait jamais en place il savait qu’il appartenait bien plus à Sahawi qu’au Dédain. Si cela ne l’empêchait pas de s’investir, ni d’aimer sa vie, combien de temps pouvait-il se vanter tenir le rythme ? Déjà, son départ s’était montré difficile.

Cela faisait plus d’un mois et il n’avait pas fait son deuil : pire, il n’avait pas même la sensation de l’avoir entamé et, quelque part, il s’attendait presque à revoir sa jumelle lorsqu’il remettrait les pieds sur le Dédain, souriante et mutine, les bras ouverts d’une affection qui lui manquait terriblement. Il avait tout fait pour, pourtant ; il avait vu son corps, ce matin-là, couchée sur le lit comme si elle dormait encore paisiblement, le souffle calme en moins. Il avait eu le bide à l’envers d’aller l’annonce à Asmodan, il avait allumé les premières flammes de son incinération, il avait choisi l’urne, il n’avait pas fermé les yeux ; il avait tout vu, tout écouté et tout entendu.
Il ne savait pas s’il avait compris, au fond.
Il n’y avait pas une heure où il ne pensait pas à elle, pas un jour où il n’était pas formulé la phrase ‘Lenore est morte’ en espérant que ça rentrerait et que ça allumerait une lumière quelque part. Ça faisait plus d’un mois et la léthargie était insupportable. Plus les jours passaient et plus l’épée de Damoclès se faisait pesante. Il avait peur ; vraiment peur. Tout ce temps passé à ne pas faire son deuil, il le passait à appréhender la suite.

Il paraissait que c’était la première étape du deuil, que c’était normal.
Enfin, il paraissait également que les étapes du deuil n’était pas linéaire et que certaines personnes grillent les feux pour mieux vivre normalement tout au long du processus.
Cela faisait un mois et il avait l’impression de ne plus savoir qui il était, qu’il n’était même plus sûr d’être la personne présente lors du rituel aux morts. Il ignorait s’il allait péter un plomb, rester calme en toute circonstance, si la prochaine était allait le descendre ou lui donner l’énergie de faire des choses folles ; il ne savait pas de quoi demain serait fait et en même temps cela faisait trente lendemains que sa sœur n’avait pas vu et qui étaient faits de rien. Il ne savait pas qui il serait demain.

Jihad avait croisé son regard depuis quelques secondes déjà et, interrompant sa marche mécanique, il s’était immobilisé pour l’observer. Ses yeux le brûlaient, il se sentait martyrisé par la même vague de détresse qui le tyrannisait inlassablement mais là, quelque part, au milieu de ses tripes torturées, une étincelle d’un soulagement désespéré brisa son masque placide pour le revêtir d’un désespoir total ; son menton se plissa et ses lèvres esquissèrent un tremblement inhabituel, douloureux de sincérité. Il esquissa un pas, trébucha sans jamais briser le contact visuel et il se perdit dans son sourire résigné ; elle était toujours belle, la créature la plus magnifique sur qui il ait jamais posé les yeux. Il ne répondait plus de rien et déjà reprenait son équilibre pour se mettre à courir vers elle, sans pudeur, sans arrière-pensées ; il l’embrassa si fort qu’il eut peur de la briser, se surprit pourtant à la délicatesse la plus innocente, plongea son visage dans son cou maternel.

Et il pleura. Des sanglots déchirants, silencieux d’une souffrance partagée ; Lenore, Messaline – perdre l’une pour retrouver l’autre, même si ça ne se mélangeait pas, même si ce n’était pas comparable, était-ce le prix à payer ? Devoir, l’une et l’autre, les observer au berceau de leur déchéance, les toucher pour mieux les voir s’échapper ?

« - Ne me laisse pas. supplia-t-il comme l’enfant qu’il était à l’époque, dans cette chambre embrumée un matin de printemps ; s’il ignorait tout de ses intentions il avait deviné que c’était une fin, en soi, encore une et cette perspective lui était insupportable, pas maintenant – maintenant ni jamais, je t’en prie. »


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Sam 12 Juil - 22:18
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Messaline, enfant de Feu, avait toujours aimé l’aube pour ses clartés vives et pures qui enflammaient le ciel ; les choses apparaissaient toujours plus claires, plus nettes, durant ces heures incertaines où le monde hésitait, un pied dans chaque univers, en équilibre entre la nuit et le jour. Mais alors que devant ses yeux se dessinait la silhouette familière de Jihad, elle se prit à détester cette acuité soudaine que donnait la lumière matinale à tout ce qu’elle voyait, car dès qu’elle le vit, elle sut que quelque chose s’était passé. C’était ce bel habit blanc dans lequel on portait le deuil en ces terres, c’était l’ombre qui défaisait les traits de son visage et hantait son regard, c’était la hâte dans ses pas qui le faisait presque trembler, c’était un million de choses qui la frappèrent comme autant de gifles. Le cœur lourd, soudain, si lourd qu’une pierre semblait lui être tombée dans la poitrine. Avant même qu’elle ne réalise, il avait franchi la faible distance qui les séparait, et déjà ses bras s’emparaient d’elle, déjà le visage enfoui au creux de sa gorge, déjà cette voix, vacillante comme une bougie dans le vent. La grenade, lâchée par une main sans forces, tomba et roula à ses pieds en répandant ses pépins comme un trésor éventré.

Les mots lui manquèrent, alors qu’elle sentait de nouveau les larmes lui monter aux yeux, qu’après cette nuit de veille, flottante dans les eaux sereines d’un funèbre renouveau, les émotions les plus profondes revenaient la submerger. Jihad venait sans le savoir de lui donner une raison de plus d’accepter le marché : peut-être que tout cela était le lot de tout être, peut-être que de ressentir, même aussi douloureusement, était la preuve qu’on était vivant. Mais de cela, elle était lasse, de la souffrance, elle en avait assez. De l’ombre de la mort, de cette crainte, elle ne voulait plus, et à celui qui venait de perdre un être cher, elle redoutait d’avouer quelle voie était désormais la sienne. Comprendrait-il seulement ? Elle aurait souhaité ne jamais avoir à lui dire, ne jamais avoir à expliquer quelle ombre il y avait en son cœur depuis si longtemps, quel attrait avaient à présent les bras de Nayris à ses yeux, quel espoir sans fin on lui avait offert.

Sa longue main d’ivoire trembla un peu lorsqu’elle se posa sur la tête du jeune homme, froissant légèrement ses cheveux alors que sa chair engourdie peinait à se souvenir de la chaleur d’un être aimé. Que lui répondre ? Qu’elle était mourante, et qu’il aurait très bientôt un autre deuil à porter ? Qu’elle s’apprêtait à entreprendre un dernier voyage, et qu’il ne resterait d’elle plus rien qu’il ne put reconnaître ? Le silence qu’elle lui offrit pour seule réponse fut comme un aveu terrible, indicible, celui d’une promesse qu’elle ne pourrait pas tenir. Elle le serra plus fort encore dans ses bras, des faibles forces qui lui restaient, et c’était comme un adieu. Un long moment passa avant qu’elle ne puisse prononcer la moindre parole ; il y avait tant à dire, et si peu, à la fois...

— Jihad, murmura-t-elle ; je suis désolée.

Elle se désolait de le voir ainsi, bien sûr, mais cela résonna bien plus comme une excuse, comme si déjà, elle lui demandait pardon.

Un silence, encore. Elle fermait les yeux, obstinément, comme pour refuser de voir quelle détresse était celle du jeune homme, et à quel point elle s’apprêtait à lui faire mal. Tergiverser de la sorte ne lui ressemblait pas, toutefois, et ce n’était plus l’heure d’hésiter, elle ne pouvait plus se le permettre à présent que ses jours lui étaient comptés.

Alors, Messaline se redressa, posant ses mains sur les épaules de Jihad, et souleva ses longues paupières bistre d’insomnie pour le regarder dans les yeux.

— Je ne t’ai jamais menti, dit-elle d’une voix qui ne tremblait plus. Je voudrais te le promettre, je voudrais de tout cœur pouvoir te jurer sur tout ce qui m’importe encore que je ne t’abandonnerai pas. Mais cela, je n’en ai jamais eu le pouvoir, cela n’a jamais dépendu de ma seule volonté.

Chaque mot s’arrachait de sa gorge comme autant de lames, pour aller tuer ce qui lui restait encore de plus précieux. Plus encore que de renoncer à son âme, à son être, à ses pensées et son humanité, c’était de renoncer à eux, à tout ce qui les unissait qui était lui coûtait le plus. Dans l’aube limpide, Messaline accomplissait alors son plus douloureux sacrifice. Mais c’était un mal nécessaire, pour se défaire de tout, rompre le lien, avant de s’en aller rejoindre les ténèbres.

— Je suis mourante, reprit-elle en s’étonnant elle-même de la clarté avec laquelle cette pensée lui vint, soudain.

Le dire, enfin, prononcer ces mots sans détour fut comme une libération, et elle réalisa enfin qu’elle était toute proche de la fin.

— Et je vais m’en aller, reprit-elle un ton plus bas, comme une confidence.

Il y eut dans son regard un éclat soudain, alors qu’elle livrait son secret, et les prémisses, déjà, de cette obscure transfiguration qui allait la faire renaître au-delà de tout, de la vie, de la mort, et de toute souffrance.

— Je m’en irai renaître dans les ténèbres, chuchota-t-elle.


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