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Mer 31 Oct - 0:45
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Raconte nous la capture d'un rebelle


Jour J, Instant T +0 h.16 minutes


John se mit à courir, alternant entre la forme humaine et animale, quand le terrain devenait trop accidenté, et aussi pour qu'il soit plus difficile à aligner pour les cavaliers sur har'koa qui le poursuivaient. Feu n'était décidément pas le lieu idéal pour fuir, avec ses terrains rocailleux et avare en couverture.

Trouvant une rampe naturelle, le loup s'élança dans les airs, bien vite suivi des rebelles qui en firent de même pour traverser un fossé de lave. L'écart se réduisait peu à peu, ce n'était décidément pas le jour de chance de John qui voyait très bien le matériau dans lequel était fait les flèches qui lui sifflaient près des oreilles. Un matériau qui ne l'enchantait guère, disons le ; il fallait croire que les rebelles pouvaient y mettre le prix quand il s'agissait de mettre à mort un opérateur de la milice de l'ombre. S'il mourait lui aussi, ça ferait beaucoup de mauvaises nouvelles en très peu de temps.

Il entendait les pattes fouler le sol derrière lui, et les cavaliers qui donnaient des coups de talon sur les flancs de leurs montures, leur intimant d'aller plus vite, et elles le pouvaient. Le plan avait été préparé pendant des jours entiers ; pourtant, il fallait toujours que quelque chose cloche à la dernière seconde, qu'il y ait un petit élément pour dérégler le tout. Le soldat qui avait reprit forme humaine escalada un rebord avant de s'y hisser, forçant sur ses bras pour tirer avec lui toute l'armure. Quand il se releva et se remit à courir, il sentit les pattes puissantes s'agripper à leur tour, juste à quelques centimètres de lui, mais le poids était encore plus lourd, et le temps que les tigres se remettent sur leurs pattes, le lycan courait déjà. Il roula sous un tronc calciné, que les cavaliers se contentèrent d’éclater quelques secondes plus tard. Les renforts rebelles arrivèrent sur sa gauche, il tourna la tête juste à temps pour se rendre compte qu’il fallait accélérer davantage. Sa force de lycan le permettait de battre aisément n’importe quel coureur humain, et sous sa forme lupine, c’était encore mieux, mais ce n’était pas pour autant qu’il était adepte du sprint, contrairement aux montures qui elles, passaient leur temps à courir. Il voyait au loin son salut, la caravane marchande qui devait lui servir d’échappatoire, tant pis pour la mission, dans la situation actuelle, il ne pouvait faire autrement ; ses priorités avaient changées.

Ce qu’il n’avait pas vu, c’était l’autre ravin qui l’attendait, et il sauta au dernier instant, surpris. Se réceptionnant mal, il sentit sa cheville qui faiblit d’un seul coup, mais il fit fi de ce malus et continua à courir, tant bien que mal. La caravane n’était plus très loin, il suffisait d’un dernier effort… elle était en réalité bien plus loin qu’il ne voulait l’admettre, et jamais il ne l’aurait rattrapé.
Soudain, cette défaillance au niveau de la cheville s’accentua et c’est toute sa jambe qui refusa l’obéissance, alors qu’il s’écroula en roulant sur lui-même. La flèche d’argent avait transpercé sa jambière et avait traversé son genou, l’empêchant de se relever. Tant pis pour l’échappatoire, il empoigna son arc et encocha une flèche alors que les rebelles les plus proches le dépassaient pour atteindre la caravane en fuite, mais un d’eux se pencha de sa monture pour abattre sa hache sur son épaule gauche, le lycan faiblit et chancela, appuyé sur son genou encore valide, mais garda l’arc au poing, pour les autres soldats qui arrivaient, réussissant à tirer deux fois, sans succès.


-Venez me chercher ! Venez donc !

Il vendrait cher sa peau. John ne comptait pas trop sur le fait de s’en sortir, mais ce n’était pas une raison pour s’en aller sans combattre. Il tendit son arc à bout de bras, sans chercher à tirer une flèche, ce qui aurait été inutile, maintenant, juste pour repousser les rebelles qui l’avaient entourés, et il pivota sur lui-même, animal blessé, tentant de gagner quelques secondes. Une flèche vint le percuter dans la poitrine, quelques centimètres à côté du cœur. Il bascula en arrière, expirant bruyamment. Le liquide écarlate qui coula de sa blessure le choqua. Bon sang, ça faisait longtemps. S’il devait encore sentir la douleur, il serait probablement entrain de hurler et d’agoniser, mais pour le coup, il prit appui sur le sol avec sa main et se redressa, continuant la lutte, même s’il se sentait partir doucement. Un cavalier descendit de son tigre, John le maintint en respect, faiblement cela dit, et il suffit à l’officier de dévier l’arc d’un coup de pied pour être à portée de sa gorge, de sa lame d’argent. Et dire que c’était lui, l’objectif.

Jour J -15.

-Esenheim ? Mort ? Le Boss ?

Les bras croisés, le lycan ne pouvait se résoudre au fait que son patron, celui qu’il respectait le plus dans la Milice de l’ombre avait péri en combat singulier. Tous les officiers et les sous-officiers étaient réunis, ce qui ne donnait pas plus de quelques hommes, en fait. Deux officiers, Elyin était absent, et quatre sous-officiers, dont John, qui commandaient chacun un groupe de combat. Les soldats seraient informés en temps et en heure.

-Par l’archevêque, Obscura.

-Elle avait quasiment accès à tout ! Elle aurait pu savoir nos noms, nos familles, ce qu’elle voulait, quand elle voulait. Tout doit être chez les Rebelles.

-Suffit.

John tapa du poing sur la table. C’était une grande perte, mais c’était la guerre, et il fallait s’y résoudre, s’adapter, sinon, on y restait.

-Esenheim avait probablement caché tout nos dossiers. Il faut reprendre la planification de la mission.

Tous hochèrent la tête. La perspective d’avoir perdu un ami les affectaient moins de savoir qu’il n’y avait personne pour les commander maintenant. Le vampire qui servait d’intendant, avec ses lunettes toujours sur son nez, apparu alors, semblant sortir de l’obscurité de la pièce qui servait de lieu de réunion. Lui aussi, était doté de pouvoirs sacrément élevés. Il arrivait à la fois à cacher sa présence physique, et sa présence olfactive.

-Aucun d’entre vous n’a les capacités de commander une unité. Vous n’avez aucune connaissance de la gestion d’un nombre si important de troupes et de moyens.

Tous se retournèrent vers lui, la plupart étant simplement surpris, mais les officiers étaient offensés de ce manque de considération, et ils l’auraient probablement notifié au vampire si celui-ci n’avait pas levé la main, pour s’expliquer, autant que pour faire taire les grognements.

-Vous avez des informateurs sur place ?

-Nous avons envoyé des éclaireurs sur la zone.
Répondit un des officiers, dédaigneux.

-Voilà votre problème, officier ! Les éclaireurs ne savent rien ! Engagez des locaux !

-Des locaux ?

-Des bergers, des fermiers, des paysans, je m’en contrefiche. Trouvez des natifs pour vos observations.

-Et nous les paieront comment ? Ils demanderont des sommes exorbitantes, et nous savons qu’ils iront voir les rebelles après, ils ne sont pas fiables !

-Vous avez faux sur toute la ligne, lieutenant, toute la ligne ! Offrez des choses simples, gagnez leur confiance…

Le vampire, lui, avait vu juste, même si certains avaient pu gérer des troupes d’infanterie, ou des groupes de cavalerie, d’aucun n’avait l’expérience des opérations spéciales. John ne faisait pas exception à la règle, mais il se plaisait à croire qu’il était le seul qui au moins, se taisait pour écouter.

-Combien de temps prendrait une telle préparation ?

-Peu importe ! Repoussez l’assaut ! Vous n’avez pas de limites ! Apprenez donc la patience…

-Attendez, attendez, au juste, vous êtes qui, vous êtes l’intendant c’est ça, mais c’est rien du tout, ça, que pouvez vous prétendre y connaître ?

C’est un des sous officiers qui avait parlé, et qui, à juste titre, ne comprenait pas l’intervention du vampire dans la discussion. Mais il manquait d’informations à propos de cet intendant qui avait plus d’un tour dans son sac.

-Jeune blanc bec, votre ancêtre jouait encore avec une épée en bois que je faisais déjà ce métier ! Mesurez donc vos paroles !

Sa voix s’était élevée comme jamais auparavant, tonitruant dans toute la salle et résonnant sur les parois, surprenant l’assemblée, alors que les meubles eux-mêmes s’étaient mit à trembler.

-Vous m’écoutez, tous, maintenant ? Il attendit que chacun hoche docilement la tête, et retint un commentaire bien senti à propos de cette situation. Trouvez des informateurs valables, il appuya ce dernier mot, et commencez à plancher. Je n’autorise aucune opération avant au moins une semaine.

Bien sûr, le vampire n’avait aucune valeur dans la chaîne de commandement, en théorie. Mais dans la situation actuelle, personne n’aurait osé lui dire quoique ce soit, et encore moins désobéir. Il tournait des tas de rumeurs autour de lui, on ne connaissait même pas son nom. Des gens disparus, que l’on avait retrouvé quelques dizaines d’années après, quand le pan d’une falaise s’était effondré, fossilisés, ou quand un lac s’était asséché. Enfin, ce n’étaient que des rumeurs ?

Jour J -6.

John et deux autres sous officiers se rejoignirent dans la salle des préparatifs, pour accrocher les plans de l’action sur un tableau en bois, et en étaler d’autres sur la table, sous l’œil attentif du vampire. Le regard acéré, il traquait chaque erreur de parcours comme John traquait sa proie dans une forêt.

-Là, ça n’ira pas. Leur peloton de cavaliers vous taillera en pièce.

John secoua la tête.

-Non, c’est prévu. L’évacuation se fera par ici. Là, c’est juste un leurre.

-C’est justement ce que je veux dire, ils ne marcheront pas. Vous n’affronterez pas les jeunots du coin, vous allez vous écraser contre une compagnie entière d’infanterie rebelle, formée et entraînée, ainsi qu’un peloton de cavalerie et vraisemblablement, un groupe des gardes royaux, formés par Galaad pour défendre ses officiers.

-… Il faut un appât...

Il acquiesça avant de pointer du doigt un endroit plus éloigné de la carte.

-Ici, à dix kilomètres de la position du capitaine Arwisër, on soupçonne que le troisième bataillon rebelle a prit position, mais nous n’avons pas encore d’informations précises. Justement, à propos du capitaine ?

Le lycan déploya plusieurs parchemins qu’il avait gardé dans sa besace.

-Monsieur Arwisër a ses petites habitudes. Il a beau être un elfe, c’est une fine bouche qui se fait livrer des produits frais tous les premiers jours de la semaine, à la même heure, très précisément. Très prudent, il n’autorise qu’une faible marge d’erreur.

-Il se rendrait de son plein gré ?

-Surement pas. Le capitaine a vu sa famille, qui comprenait ses deux filles et sa femme, se faire tuer par nos soins…

-Que c’est triste.

-… apparemment pour justement le dissuader de continuer la lutte, visiblement, nous nous étions trompés sur son cas, et ça n’a fait que renforcer ses pulsions. Mais c’est aussi un vieil elfe qui n’a plus toute sa santé d’antan, et un médecin reste toujours à ses côtés.

-Un médecin ?

-Le médecin-major Seril. Une elfe, elle aussi. Pas de famille connue, ni de passé. C’est très étrange, et ça m’énerve au plus haut point. Une infiltrée des gardes royaux ?

-Possible, ça serait malin. Comment comptez-vous entrer ?

-Nous avons une carte secrète, pour distraire les gardes d’une petite porte sur le côté.

La succube entra dans la salle, laissant sur son chemin une douce odeur, incitant inlassablement au péché, autant que son physique avantageux qui en avait fait pâlir plus d’un. Le vampire, lui, se contenta de la détailler de haut en bas, pas comme un jeune homme l’aurait fait, non, juste avec un regard mêlant dégoût et pitié.

-Il n’y a pas de femmes à la Milice de l’Ombre.

-Les rebelles le savent.

-Peu importe, la ruse de la jolie dame marchait peut-être il y a quelques dizaines de siècles, quand l’homme découvrait à peine ses instincts, mais cette période est révolue, la tactique est usée, et ça m’étonnerait que ce fort soit si peu gardé.

Même John se concentrait pour détourner son regard de la « jolie dame », il avait beau être revenu d’entre les morts, il n’en restait pas moins un homme. Il secoua encore la tête, autant pour réfuter les arguments de l’intendant que pour évacuer les idées qui lui vinrent quand la succube passa dans son dos et effleura ses épaules du bout des doigts. Même avec l’armure, c’était… diaboliquement efficace.

-C’est pour ça que notre fille ne fait pas que rendre fou la gente masculine. Elle a des dons pour se déguiser.

Le vampire haussa un sourcil, avant de se tourner vers elle. Il se retrouva face à un miroir, mais ne resta que très peu de temps impressionné.

-D’accord. Un caméléon, soit. Que comptez-vous en faire ?

-Nous avons les noms des gardes, et les dates de leurs permissions. Ces dernières ne durent que quelques heures, à la ville la plus proche. On remplace celui qu’on veut à ce moment là, on le fait disparaître.

-Et une fois à l’intérieur, admettons ?

John lui expliqua le plan en détail, pendant plusieurs dizaines de minutes, où il évoqua chaque détail, et contrant chaque situation que le vampire lui proposait pour le coincer. Il y avait juste un détail qui ne passait pas, la fuite.

-Ce plan a tout pour me plaire, mais c’est la fin qui me chiffonne. C’est beaucoup trop hasardeux.

-Je me charge de la partie hasard.

Répondit le lycan, laconique et placide sur le moment. Tous hochèrent la tête. Et maintenant, il fallait répéter, faire naître des réflexes ; ce qui prenait d’habitude plusieurs mois devait être fait en à peine quelques jours.
A la craie, sur le sol de la grande cour, avait été reproduit plusieurs pièces du fort qu’il allait attaquer. Ils avaient en leur possession non seulement les plans du bâtiment, mais aussi les itinéraires des gardes. John ferma les yeux, il mènerait l’assaut principal, il n’avait pas laissé le choix aux autres, il avait imposé le sien. L’otage servirait d’exemple ; on ne tuait pas un gradé de l’armée d’AT sans lourdes représailles. Mais l’archevêque avait préféré tuer Esenheim ; il n’aurait probablement pas parlé, mais le capitaine Arwisër, lui, le ferait.


-Quinze pas tout droit, quart de tour à droite, six pas, quart de tour à gauche… Non, ça ne va pas.

Et avec deux soldats de la Milice qui l’accompagnaient, il recommençait, inlassablement, trouvant le meilleur itinéraire possible.

-Trois vers la gauche. Douze tout droit. Neuf à gauche.

-Faux ! Le garde t’a surpris à tes trois heures ! beugla le vampire, avec le registre sous les yeux. Le lycan recula, revint sur ses pas.

-Trois vers la gauche. Douze tout droit. Sept à gauche.

Il simula une attaque rapide dans la direction d’un garde imaginaire, mais ronchonna.

-Ce n’est pas bon, il ne faut pas laisser de traces avant le chapitre final. On recommence.

Tel un danseur, il préparait sa chorégraphie, sans même voir où il allait. Il n’avait pas besoin de voir, il comptait, et savait exactement où il était sans même avoir besoin de la carte. Tout avait été apprit par cœur.

-Là ! Encore un garde qui patrouille !

-Faux. Il a prit sa pause depuis trois minutes.

Il continua sa progression jusqu’à la porte invisible, l’objectif principal, mais il n’était toujours pas satisfait.

-C’est mauvais, bon sang, c’est trop lent !

-Six minutes, avec cette configuration, tu ne passeras pas au dessous de cinq.

-Une solution peut être ?

-Répéter, encore et encore, tant pis pour le temps. Attaquez, évidemment de nuit, mais tard. Le capitaine sera encore à son bureau.

-Une heure précise ?

-Trois heures. C’est là que les gardes ont les yeux qui se ferment, qui traînent pour relever leurs camarades. Et maintenant, recommences.

Et John recommença.




Jour J, Instant T -2 h

La ville la plus proche du fort était Dahalia. Une grande ville, centre de tous les commerces. Mais on pouvait facilement s’y perdre. Il était deux heures du matin quand le garde se frotta les yeux en franchissant les remparts. Il avait droit à une exceptionnelle heure de repos à l’extérieur du fort. Après quoi, il devait repartir à dos de cheval. Faisant fi de la fatigue, il alla au bistrot le plus proche avec toujours son uniforme et son épée, à Feu, ile ne craignait pas trop pour sa vie. C’est quand il s’assit et qu’il commanda son alcool qu’il sentit cette onde de chaleur le traverser. Il tourna lentement la tête pour s’apercevoir qu’une ange se tenait à sa gauche, et le regardait intensément. Elle rayonnait d’une lueur blanche caractéristique à sa race et ses bleus, ils étaient, si purs…

L’homme se fit plaquer contre le mur d’un des couloirs du tripot, les yeux pétillant d’une flamme passionnée. « Tu parles d’un être pur… » pensa t-il, alors que ses mains curieuses s’aventuraient un peu trop bas à l’avis de la femme qui frémit et sursauta, lâchant un petit cri surpris avant de sourire, et d’arracher le chemiser du garde. Ce dernier enleva son bas de lui-même, si rapidement qu’il faillit tomber. L’ange se colla à lui, sensuelle, mais l’homme tenta de dévoiler sa poitrine et elle se recula d’un mouvement sec. Elle repensa à l’heure.


-Pas le temps de s’amuser, mon chou.

La succube reprit son apparence originelle sous les yeux médusés du soldat qui ne put que mimer la détresse quand ses deux artères carotides furent tranchées net par les ongles de sa partenaire qui s’apparentaient dangereusement à des griffes, maintenant. Elle reçu un peu de sang, et passa sa langue sur sa lèvre supérieure pour le récupérer, l’air satisfait, avant d’appuyer le garde de nouveau contre le mur, l’empoignant par le menton, l’empêchant de s’écrouler, mais léchant le liquide rouge sombre qui s’écoulait en masse de son cou.
Une transformation ne nécessitait que de voir la cible, mais elle ne durait que quelques minutes ; avoir un peu –beaucoup- de sang, c’était mieux.


Jour J, Instant T -13 minutes

-Hector ! Tu arrives juste à temps pour ton quart. Comment était ta petite virée ?

Le garde s’appuya sur l’étrier du côté gauche pour descendre et dessella le cheval, haussant les épaules pour répondre à son collègue qui passa ses mains pour éclaircir sa vision, avant de se lever et secouer ses bras.

-Tu as rencontré une petite, c’est ça ? Je le vois à ton regard !

Il haussa encore les épaules, blasé, et s’assit sur la chaise la plus proche.

-On peut vraiment rien te cacher à toi. T’es un as.

-Tu me connais…

Hector, le dernier garde arrivé se leva alors d’un seul bond, pointa son bras vers le lointain et s’écria « Là bas, c’est quoi ça ? » Le premier soldat s’avança juste derrière les herses qui protégeait son poste, mettant une main à l’horizontal au dessus de ses yeux pour essayer de mieux distinguer ce que son collègue lui indiquait. Mais rien à faire, il ne voyait rien.

-Redis-moi ça, je vois vraiment ri…

Il resta comme ça, ne voyant pas Hector approcher dans son dos avant de le pousser et l’embrocher sur les herses en bois. A quelques centaines de mètres, le petit groupe de la Milice de l’Ombre sauta de son point d’observation pour rejoindre la porte du fort, tandis que la succube, toujours sous son apparence de garde rebelle –le véritable garde était entrain de moisir au fond d’un canal, avec la tête à moitié arrachée- retirait son « collègue » des piques et vint l’asseoir sur sa chaise. Du haut du fort, tout en haut, des remparts, personne ne verrait la différence entre un mort et un vivant, et le sang ne pourrait pas être identifié.

Sans son casque, John plaqua l’oreille contre l’entrée. Il compta sur ses doigts, trois, deux, un. Le garde qui faisait sa ronde à l’intérieur devait avoir bifurqué, il entra, poussant la porte avec une extrême précaution, et fit signe à ses soldats de le suivre. Comme à l’entraînement.


« Trois vers la gauche. Douze tout droit. Sept à gauche. »

Il se bloqua, et arrêta de respirer, posant une main sur son katana, et fermant le poing dans les airs, à l’intention de ses troupes. A quelques centimètres de son visage, la sentinelle rebelle sortait d’une pièce et partait dans la direction opposée de celle d’où John venait, sans même regarder dans sa direction.
Tout se passa très rapidement, les minutes semblèrent s’écouler en accéléré. Il arriva devant la porte du bureau du capitaine Arwisër, laissant ses deux subordonnés mener l’assaut. Jack était étrangement calme, on dirait même qu’il aidait John à se concentrer, mais ce n’était pas une raison pour tenter le coup et risquer de perdre un otage à cause de la règle numéro deux qui régissait sa vie.


-A mon commandement…

Les chiffres s’affichèrent en dansant dans son esprit. Le trois de bronze, moqueur et impotent, le deux d’argent, fier et courageux, et finalement le un d’or, hautain et condescendant. Son poing était encore levé dans les airs jusqu’à ce que le zéro mette tout le monde d’accord.

-Go, go, go, intervention !

C’était là la phase finale. Leur temps était désormais compté, car le médecin-major Seril avait des dons de télépathe, utile pour prévenir les renforts, et était toujours collée au capitaine, pour sa santé. Ils pénétrèrent dans le bureau, l’épée brandie en avant. Ils ne trouvèrent rien, si ce n’est une femme elfe, dans le fond, à demi-cachée.

-Ils sont là, intrus dans le bureau du capitaine, j’ai besoin de renforts.

-Attrapez là !

Ordonna John ; c’était visiblement Seril qui était là et non pas Arwisër. Maintenant que l’alerte était donnée, ce n’était qu’une question de temps pour qu’ils se fassent piéger à l’intérieur du fort qui deviendrait leur tombeau. C’est là que le fait de connaître le plan par cœur pourrait s’avérer utile. Tirant le médecin-major par la manche, le lycan ne comprenait pas où il y avait eu un problème. Il y avait eu dénonciation, c’était obligé. Peu importe, pour le moment. Et d’ailleurs, si Arwisër était si malade, pourquoi Seril n’était pas auprès de lui ?

Ils ressortirent et s’apercevant qu’à leur droite, le groupe de gardes royaux était déjà proche, ils prirent évidemment la tangente, n’ayant aucune chance en combat singulier. L’elfe trébucha, ou fit exprès de tomber, pour les ralentir, mais pour autant ils ne s’arrêtaient pas. John prit sa forme lupine le temps de sauter et d’assassiner un garde se présentant devant eux à l’improviste. La sortie la plus proche était par là, par cette fenêtre, se dit-il. D’un coup de coude, il brisa le vitrail ; De l’autre côté, des chevaux harnachés à la hâte par la succube les attendaient. Ses deux soldats se hissèrent jusqu’en haut, et l’un d’eux lança l’arc à poulies à John par l’ouverture. Trop tard pour Seril, John la tira lui-même vers la sortie de secours ; les gardes royaux se rapprochaient dangereusement. Il fila à travers les couloirs, priant pour que le médecin-major ne l’attaque pas, auquel cas il aurait dû affronter sa règle numéro deux, ou laisser Jack diriger le corps ; et les deux options n’étaient pas envisageables.
C’est au détour d’un ultime couloir que le lycan tomba nez à nez avec un garde d’élite, visiblement seul. Il évita un coup de taille, penchant son buste à l’horizontal, se releva et bloqua son poignet avec son avant bras pour prévenir la contre attaque, mais le soldat elfe envoya sa tête contre la sienne avec une rare force.


-Capitaine !

Crièrent en cœur les autres gardes quand ils furent en vue. C’est à la fois la femme, le garde elfe et John qui tournèrent la tête à l’apostrophe. Le médecin prit la fuite, n’attendant pas les résultats du combat. Celui qui semblait être Arwisër avait quelques rides à peine visibles, il était vrai, mais il avait apparemment conservé sa force de jeunesse, comme pu le constater John quand il prit le pommeau de l’épée elfique dans le ventre, le forçant à reculer.

Heureusement, le couloir était étroit, et il laissa les gardes croiser le fer ensemble en s’écartant, mais dans une manœuvre réflexe, il dévia une lame qui alla se ficher dans le plexus du capitaine, traversant son armure et sa côte de mailles. … C’était déjà un objectif de moins. Il poussa le corps en vie d’Arwisër contre ses camarades, le temps d’aviser d’un chemin à prendre pour avoir une chance de ne pas terminer entre quatre planches. Par là. L’issue de secours. Un bon nombre de rebelles avaient suivi ses deux hommes qui s’étaient enfuis. Il n’avait jamais compté sur le fait d’extraire leur otage par la fenêtre. Non, John était l’appât. Depuis le début, ce vitrail ne servait qu’à rendre l’extraction du lycan moins pénible. Ce qu’il n’avait pas prévu, en revanche, c’était de se retrouver avec le capitaine Arwisër mort, et le médecin-major Seril en fuite. Alors pour le moment, sa priorité était devenue sa propre fuite.



Jour J, Instant T +0 h.16 minutes


-Venez me chercher ! Venez donc !

Il vendrait cher sa peau. John ne comptait pas trop sur le fait de s’en sortir, mais ce n’était pas une raison pour s’en aller sans combattre. Il tendit son arc à bout de bras, sans chercher à tirer une flèche, ce qui aurait été inutile, maintenant, juste pour repousser les rebelles qui l’avaient entourés, et il pivota sur lui-même, animal blessé, tentant de gagner quelques secondes. Une flèche vint le percuter dans la poitrine, quelques centimètres à côté du cœur. Il bascula en arrière, expirant bruyamment. Le liquide écarlate qui coula de sa blessure le choqua. Bon sang, ça faisait longtemps. S’il devait encore sentir la douleur, il serait probablement entrain de hurler et d’agoniser, mais pour le coup, il prit appui sur le sol avec sa main et se redressa, continuant la lutte, même s’il se sentait partir doucement. Un cavalier descendit de son tigre, John le maintint en respect, faiblement cela dit, et il suffit à l’officier de dévier l’arc d’un coup de pied pour être à portée de sa gorge, de sa lame d’argent. Et dire que c’était lui, l’objectif. … Non, l’objectif était mort ? Alors qui était ce soldat caché dans une armure intégrale et doré. A voir sa carrure, ça ne pouvait être qu’un elfe. Ce dernier poussa John du pied, dédaigneux, pour le faire s’écrouler sur le dos. C’est là qu’elle enleva son casque.

-Seril ? Prononça t-il difficilement.

-Ca sera Capitaine Seril, pour vous, laquais d’Aile Ténébreuse.

Le lycan leva les mains, dans cet état là, de toute façon, il n’irait plus très loin. Et voir la lame argentée du capitaine sous son menton n’arrangeait rien. Il ne lui restait plus qu’une carte à jouer. Ils étaient loin du fort, l’infanterie mettrait plus de temps pour arriver que les cavaliers.

-Il n’y pas de maladie, alors ?

Comment ses renseignements avaient ils pu être si périmés. En plus de la fuite évidente qu’il y avait eu.

-Pardon ? Le seul mal qui m’affecte, c’est le fait que vous ayez tué l’homme que j’aime !

Bon. Il n’avait pas prévu cette éventualité, c’est vrai. Pour lui, lors de la planification, il réussissait à atteindre la caravane sans mal. Tant pis pour la survie, alors ? Dommage.

Au moins, il pouvait s’estimer heureux d’une mort sous douleurs. Il n’arrivait plus à bouger la moindre parcelle de son corps, mais il gardait les yeux ouverts, il voulait voir sa mort arriver en face, comme d’habitude… Mais rien ne vint. Les har’koa grognèrent. Seril leva la tête, gardant la lame sous le menton de John, qui entendit une voix familière.


-Rendez vous, Seril. Vous êtes encerclée. Déposez les armes, et vous aurez la vie sauve.

-Nous avons aussi un de vos soldats.

Parlait-elle de lui ? Sans aucun doute. Un échange ? Très peu probable. Se déroulait ici un bras de fer, et seul le rapport de force entrait en ligne de compte.

-Tuez-le ! Une fois cela fait, il ne vous restera rien.

-Nous combattrons jusqu’à la mort s’il le faut ! Je n’ai plus rien à perdre !

On entendit le rire rauque et glacial du vampire.

-Et cette petite chose répugnante que vous portez dans le ventre, qu’est ce donc ?

Le lycan avait de plus en plus de mal à rester conscient, mais il a pu voir le choc que cela fit au capitaine Seril, de savoir que quelqu’un d’autre connaissait le terrible secret qu’elle portait, littéralement. Non, il fallait qu’elle gagne du temps, le temps que le rapport de force s’inverse.

-Ne jouez pas à ça avec moi, Seril ! J’ai fait ça des dizaines de fois, et une de plus, ça ne change rien ! Si je n’ai pas donné l’ordre de charge, c’est parce que je ne suis pas friand des massacres !

Seul le vampire s’était dévoilé, ainsi que deux ou trois hommes des deux côtés de la route, discrètement. Non, il fallait qu’elle se rende.

-Lâchez vos armes….

Souffla t elle à sa dizaine de cavaliers qui s’exécutèrent. Ils étaient du même avis. Avec la rapidité d’un lion, les trois hommes de la Milice allèrent ramasser les armes des rebelles ainsi que celle de Seril. Le vampire s’avança spécialement vers elle. Il n’y avait jamais eu de rapport de force défavorable pour elle ; elle avait été dupe.

-Tuez les tous.

Dit-il, neutre, sans émotions, alors que le capitaine se décomposait littéralement. Et un par un, les har’koa et leurs cavaliers furent abattus.

-Vous comprenez que nous n’avons pas le temps de tous les transporter. Je vous en prie, suivez-moi.

Il ne l’attendit pas et la tira par les cheveux pour la faire obtempérer immédiatement.

-Que fait-on pour John Dan ? On le laisse aux Rebelles ? Il ne parlera pas.

-Non. Il peut encore servir. Ramassez-le.


Jour J +2


John se présenta devant le vampire, se trouvant misérable, devant s’aider de son katana pour marcher –il avait refusé une canne-, car il boitillait depuis que la flèche en argent lui avait perforé le genou. Il faudrait un moment pour que ça se répare. L’intendant avait reprit sa place originale, et ses faux airs de gentil gestionnaire.

-Vous avez identifié la taupe ?

-Il n’y a pas de taupe.

-Pardon ?

-C’est moi qui vous ai donné de fausses informations, et qui ai vendu votre plan.

Le lycan était partagé entre le sentiment d’humiliation dû à sa jambe, de frustration parce qu’on lui avait menti, et de colère parce que ces mensonges avaient conduit à une opération hasardeuse. Il lui intima de le regarder dans les yeux, mais le vampire n’en fit rien, et continua à feuilleter ses papiers.

-Du calme, jeune loup. La mission est un succès. Vous n’auriez jamais accepté le plan comme je le voyais.

-Le médecin-major, la maladie ?

-Ne vous torturez pas l’esprit. Tout était prévu pour que vous en ressortiez vivant, j’avais juste besoin d’une performance d’acteur convaincante de votre part, et je ne pouvais l’avoir que si vous n’étiez pas au courant.

-Où est Seril ?

-Ne la sous-estimez pas, ayez un peu de respect. Elle est en bas, j’ai tenu à ce qu’on la prive de tout jusqu’à maintenant. Je pense que pouvez aller la faire parler sans trop de mal.

Il grogna pour toute réponse. Il allait faire parler son savoir-faire. Mais il fut stoppé par le vampire qui l’interpella.

-Il va nous falloir quelqu’un d’autre, à la tête de la Milice de l’Ombre. Vous vous sentez prêt, louveteau ?

-Je vous répondrai en revenant… dit-il en acquiesçant, l’air grave.

Descendant prudemment les marches, alors que la luminosité était quasiment nulle ; il accrocha son épée à la ceinture, abandonnant cette canne providentielle pour faire bonne figure devant la prisonnière. Il poussa la porte du cachot… prenant le temps de bien la faire grincer. Il avait son casque et devait paraître surement effrayant pour une future mère qui venait de passer deux jours à l’isolement, sans boire ni manger. Il fallait jouer dessus. Elle n’avait plus rien de la belle elfe dans son armure dorée, elle était devenue sale, elle avait déjà maigri et croupissait là sans même pouvoir dormir, les yeux bandés et les mains attachés. Elle frémit quand il passa le revers de son gant sur sa joue et eu un mouvement de recul.

-Chh. N’ayez crainte. Je ne vous ferai rien. Buvez donc un peu.

Il attrapa un pichet d’eau croupie et en versa un peu dans un bol qui aurait été juste assez élégant pour un animal de compagnie, mais elle bu sans rien dire.

-Écoutez, il va falloir me donner quelques informations, sinon, je ne pourrais plus rien faire pour vous.

Elle secoua nerveusement la tête. De toute évidence, il fallait passer à la deuxième étape, car après l’instauration d’un climat de confiance, il n’y avait rien de plus déstabilisant que de voir son geôlier autrefois bienveillant devenir brutalement… chaotique. Il sortit son sabre de son fourreau en faisant crisser la lame, il lui entailla la cuisse, très rapidement, lui arrachant un petit cri de surprise. Mais ce n’était pas pour la faire souffrir immédiatement qu’il avait fait cela, il visait un peu plus loin. Mettant sa main sous la plaie, il récupéra tout le sang qui s’en échappait et il l’apposa sur la face de son casque, de manière former un sigle dégoulinant, encore frais, tout à fais effroyable pour quelqu’un mit à l’ombre. Doucement, il enleva le bandeau de ses yeux, et le descendit un peu, le resserra pour former un bâillon. Elle ne crierait plus.
Il pointa la lame de son sabre vers le ventre de Seril, tapotant celui-ci plusieurs fois.


-Je n’ai encore jamais pratiqué de césarienne… vous ne m’en voudrez pas si je fais quelques essais ?




Fear the Wolf...

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Lycan

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